Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, a publié jeudi 24 avril sur le réseau X, depuis Nicosie où se tenait un sommet informel des chefs d’État de l’Union européenne, un message de fermeté à l’adresse de la communauté internationale : « La situation que traverse aujourd’hui le Moyen-Orient démontre que la loi du plus fort n’apporte ni paix, ni sécurité, ni stabilité. La force brute n’est pas la voie. L’Espagne continuera à défendre le droit international. » Cette déclaration intervient le jour même où la fuite d’un email interne du Pentagone révèle que Washington envisage des mesures de rétorsion contre Madrid au sein de l’OTAN.
Madrid ferme ses bases, Washington sort l’artillerie diplomatique
Selon un responsable américain ayant requis l’anonymat auprès de Reuters, un email circulant aux plus hautes sphères du Pentagone — attribué au conseiller principal aux politiques Elbridge Colby — détaille plusieurs options punitives contre les alliés jugés défaillants dans la guerre en Iran : suspension de l’Espagne de l’OTAN, retrait du soutien diplomatique américain aux îles Malouines au détriment du Royaume-Uni, et mise à l’écart de pays « difficiles » des postes de responsabilité au sein de l’Alliance. Le porte-parole du Pentagone Kingsley Wilson a confirmé à Reuters que le président Donald Trump entendait disposer d' »options crédibles » pour que ses alliés « cessent d’être un tigre de papier. »
Depuis le déclenchement des frappes américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février 2026, l’Espagne est la voix européenne la plus critique de l’intervention. Madrid a refusé aux forces américaines l’accès à Naval Station Rota et à Morón Air Base, deux installations militaires conjointes situées en Andalousie, qualifiant alors l’opération, selon le gouvernement espagnol, d’« ingérence militaire injustifiée et dangereuse. » Trump avait déjà menacé de « cesser tout commerce » avec l’Espagne et reproché à Sánchez de ne pas avoir porté ses dépenses de défense à 5 % du PIB, conformément à l’engagement pris lors du sommet de l’OTAN à La Haye en 2025.
L’OTAN sans mécanisme d’exclusion, Sánchez sans inquiétude
Face aux journalistes à Nicosie, Sánchez a balayé la menace : « Nous ne travaillons pas sur la base d’emails. Nous travaillons sur la base de documents officiels. La position du gouvernement espagnol est claire : une coopération absolue avec nos alliés, mais toujours dans le cadre de la légalité internationale. » Un officiel de l’OTAN cité par Time a rappelé que le traité fondateur de l’Alliance, signé en 1949, ne prévoit aucun mécanisme de suspension ou d’exclusion d’un État membre — seul le retrait volontaire, avec un préavis d’un an, est prévu par les textes.
La cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a relevé, en marge du sommet, que les demandes américaines à l’égard des Européens portaient précisément sur ce que ces derniers sont disposés à offrir — mais après la fin des hostilités. Les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner doivent prochainement rencontrer le ministre iranien des Affaires étrangères au Pakistan, dans le cadre de négociations en vue d’un cessez-le-feu durable.



