À New York, le 20 avril, lors de son audition pour le poste de secrétaire général de l’ONU, l’ancien président sénégalais Macky Sall a justifié sa gestion des manifestations politiques survenues entre 2021 et 2024. Macky Sall, qui a quitté le pouvoir en 2024 après deux mandats constitutionnels, conteste les accusations selon lesquelles son gouvernement serait responsable de décès survenus lors de la répression de ces mouvements.
Une réaction aux troubles de 2021-2024
Entre mars 2021 et février 2024, le Sénégal a connu des manifestations d’opposition marquées par des affrontements avec les forces de l’ordre. Selon Amnesty International, 65 personnes ont été tuées lors de ces événements, dont 51 par armes à feu. La nouvelle administration sénégalaise, élue en mars 2024, évalue ce bilan à plus de 80 morts. Ces violences ont également provoqué des milliers de blessés et plus de 1 000 arrestations.
Macky Sall a présenté ces troubles comme une tentative de l’opposition d’accéder au pouvoir par la force. Il a énuméré les destructions : « On a attaqué, brûlé des maisons de citoyens, on a ciblé des organes de presse, des journalistes qu’on a saccagés, on a menacé des juges, des hommes politiques, des ministres, on a détruit leurs maisons, brûlé, on a détruit les chantiers du Train Express Régional, le chantier du Bus Transit Rapide, on a brûlé l’université de Dakar. »
La défense de son autorité
L’ex-président a affirmé avoir agi conformément à ses obligations constitutionnelles. « J’ai prêté serment de défendre les institutions de la République, de défendre la démocratie et l’État a l’obligation de défendre ses citoyens dans tous les pays du monde » a-t-il déclaré. Il a également rejeté toute responsabilité personnelle dans les décès : « De quel meurtre est-il responsable ? A-t-il donné l’ordre à qui que ce soit d’aller tuer des jeunes ? Donc c’est un récit contraire à la réalité, totalement en déphasage avec la réalité.«
Macky Sall a justifié le vote d’une loi d’amnistie en fin de mandat par des considérations d’apaisement national. « L’intérêt du Sénégal était de voter une loi de pardon, la loi d’amnistie, qui a permis d’effacer tout ce qui s’est passé, de libérer ceux qui étaient en prison » a-t-il expliqué, soulignant que les libérés « ont participé aux élections et ils ont gagné démocratiquement.«
L’enquête qui fragilise sa candidature
Une enquête judiciaire sur ces violences a été officiellement ouverte en 2025 par la nouvelle administration sénégalaise. Bien que l’amnistie votée en 2024 couvre certains faits, les juridictions sénégalaises et le Conseil constitutionnel ont précisé que les crimes de sang restent imprescriptibles et ne peuvent être amnistiés selon les conventions internationales ratifiées par le Sénégal.
Sa candidature au secrétariat général de l’ONU rencontre des obstacles. L’Union africaine a rejeté cette candidature en mars 2026, avec 20 États membres exprimant leur opposition, dont le Sénégal lui-même. Des familles de victimes et des organisations de la société civile sénégalaise ont dénoncé l’incompatibilité entre une nomination à la tête des Nations unies et les accusations portées contre lui. Cependant, un sondage réalisé en avril 2026 auprès de diplomates et experts montre que Macky Sall recueille 38,6 % des intentions, le plaçant en tête des candidats pressentis.
Le prochain secrétaire général de l’ONU commencera son mandat le 1er janvier 2027, succédant au Portugais António Guterres. L’élection du nouveau chef de l’organisation se déroulera au cours des prochains mois au Conseil de sécurité, qui adoptera sa décision à la majorité qualifiée d’au moins neuf voix sur quinze, sous réserve qu’aucun des cinq membres permanents n’exerce son droit de veto. Macky Sall a conclu son intervention en appelant à l’apaisement national. « Heureusement notre pays a dépassé cette douloureuse période » a-t-il déclaré.