Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a qualifié de « dangereuse » la montée en puissance militaire de l’Union européenne, lors d’une déclaration aux journalistes à l’issue de sa visite officielle en Chine ce 15 avril. Selon lui, ce processus progresse « très rapidement » et constitue désormais l’objectif prioritaire des élites européennes.
Ces propos interviennent alors que l’UE a engagé, depuis 2022, un virage stratégique sans précédent. La Commission européenne a présenté en mars 2025 son Livre blanc pour une défense européenne, adossé au plan ReArm Europe, qui prévoit 800 milliards d’euros d’investissements militaires d’ici 2030. Une force de déploiement rapide de 5 000 soldats a été déclarée opérationnelle en 2025, et les dépenses de défense des États membres devraient atteindre 381 milliards d’euros cette même année, contre 343 milliards en 2024.
La Serbie au centre des tensions
Lavrov a également ciblé la politique d’élargissement de l’UE, accusant Bruxelles de chercher à faire de la Serbie une « zone tampon » contre la Russie. Il a soutenu que les conditions d’adhésion imposées à Belgrade exigeraient la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo ainsi qu’un alignement complet sur les sanctions européennes contre Moscou — deux lignes rouges que le président serbe Aleksandar Vučić aurait jusqu’ici refusé de franchir.
La Serbie est officiellement candidate à l’adhésion à l’UE depuis 2012. Les négociations d’adhésion, ouvertes en 2014, sont au point mort sur plusieurs chapitres liés à l’État de droit et à la politique étrangère. Bruxelles conditionne en effet toute avancée à un alignement progressif sur la politique extérieure commune, ce qui inclut les sanctions adoptées contre la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022.
Un discours calibré depuis Pékin
Le choix de Moscou de formuler ces critiques depuis la capitale chinoise n’est pas anodin : la visite de Lavrov traduit les efforts russes visant à consolider l’axe sino-russe face aux pressions occidentales.
Le prochain sommet UE-Balkans occidentaux, prévu dans le courant de 2026, devrait remettre la question de l’adhésion serbe et des conditions politiques associées au premier plan des discussions entre Belgrade et Bruxelles.



