Sahel : l'UE fait son mea culpa et souhaite se repositionner face à la Russie

L’Union européenne a admis avoir échoué à maintenir un dialogue efficace avec plusieurs États du Sahel, tout en cherchant désormais à renouer des relations avec les autorités militaires au pouvoir. Cette inflexion a été exposée par João Cravinho, représentant spécial de l’UE pour le Sahel.

Le diplomate reconnaît une perte d’influence progressive de l’Europe dans la région, alors que la Russie a renforcé sa présence sécuritaire et politique, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

Des missions sécuritaires progressivement abandonnées

Depuis le début des années 2010, l’Union européenne avait structuré son action autour d’un dispositif combinant assistance militaire et soutien institutionnel. Des missions comme EUTM Mali, lancée en 2013, visaient à former les forces armées maliennes, tandis que les programmes EUCAP Sahel Niger et EUCAP Sahel Mali appuyaient les forces de sécurité intérieure.

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Ce dispositif était complété par un soutien financier au G5 Sahel, dont la force conjointe devait coordonner la lutte contre les groupes armés dans plusieurs pays de la région. La dégradation sécuritaire et les changements de régime ont conduit à un désengagement progressif. La France, principal acteur militaire européen, a retiré ses troupes du Mali en 2022 après près de dix ans d’opérations, marquant un tournant pour l’ensemble du dispositif européen.

Un repositionnement diplomatique en cours

Face à la rupture des relations avec le régime d’Assimi Goita, Bruxelles a suspendu une partie de ses coopérations, notamment celles conditionnées au respect de l’ordre constitutionnel. Cette approche a contribué à fragiliser les canaux de communication avec les autorités locales.

João Cravinho reconnaît désormais des erreurs d’appréciation : « Nous n’avons pas été capables d’écouter et de comprendre correctement », a-t-il déclaré, évoquant un déficit de dialogue et d’explication des intérêts européens dans la région.

L’UE tente aujourd’hui de maintenir un contact avec les autorités en place afin de préserver une présence diplomatique et éviter un isolement total face à d’autres partenaires extérieurs, dont la Russie, mais aussi la Chine et l’Iran.

Ce changement de posture intervient alors que certaines missions européennes, comme EUTM Mali, ont vu leurs activités suspendues ou fortement réduites depuis 2022, limitant la capacité d’action directe de l’Union sur le terrain.

Le mandat de João Cravinho, entamé en novembre 2024, doit se poursuivre dans les prochains mois avec pour objectif affiché de rétablir des canaux de coopération opérationnels dans une région où l’influence européenne reste en recul.

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