En l’espace de quelques années, trois alliés de la Russie ont subi des revers majeurs sans que Moscou intervienne militairement : la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie fin 2024, la capture de Nicolás Maduro au Venezuela en janvier 2026, l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei lors de frappes américano-israéliennes le 28 février 2026, et le retrait de l’Afrika Korps russe de Kidal, au Mali, confirmé le 27 avril. Ces événements successifs alimentent des critiques croissantes sur la fiabilité de la Russie comme puissance garante — y compris sur le continent africain.
Moscou spectateur de la chute de ses partenaires
La Russie a regardé depuis les coulisses la chute du régime d’Assad en Syrie, n’a pas défendu l’Iran malgré un partenariat stratégique proclamé, et le Venezuela n’était pas une exception — c’est un schéma. Moscou fait des choix calculés, en subordonnant tout à sa guerre en Ukraine.
Le cas iranien est particulièrement révélateur. C’est l’Iran qui avait aidé la Russie avec ses technologies et son expérience pour contourner les sanctions lors des périodes les plus difficiles. En mars 2026, Moscou a choisi la passivité. Des années de guerre en Ukraine ont épuisé la capacité de Moscou à projeter sa puissance au-delà de ses frontières, estiment des analystes cités par CNBC, qui jugent que la Russie et la Chine se limiteraient à un soutien rhétorique, sans aide militaire substantielle à Téhéran.
Au Venezuela, la même logique s’est imposée. Les analystes Gabuev et Vakulenko, dans Russia Matters, concluent que l’échec de Moscou à apporter une aide concrète à Maduro, malgré un traité de « partenariat stratégique » signé en mai 2025, expose la Russie comme un patron peu fiable dont les promesses de défense s’évaporent face à une pression extérieure réelle.
Une crédibilité entamée jusqu’au Sahel
Au Mali, le retrait de l’Afrika Korps de Kidal sous la pression des groupes jihadistes du JNIM et du Front de Libération de l’Azawad, les 25 et 26 avril 2026, a ravivé les doutes sur la capacité russe à tenir ses engagements sécuritaires. Des analystes notent que pour les régimes en Syrie, au Venezuela, au Mali ou à Cuba, les événements récents sapent le récit selon lequel la Russie est un patron stratégique fiable, prêt à supporter de réels coûts pour ses partenaires.
Le Carnegie Endowment for International Peace est direct : « Le Kremlin a démontré à plusieurs reprises sa disposition à abandonner ses alliés lorsque les choses prennent véritablement une mauvaise tournure. »
Des voix africaines formulent le même constat. The Africa Report, média panafricain de référence, écrit que les frappes sur l’Iran et l’enlèvement de Maduro « ont fait des victimes collatérales panafricaines », ajoutant : « Est-ce ainsi que la Russie laisse traiter ses amis ? Ce n’est pas ce qui était promis lorsque des Afrocentristes appelaient le continent à se placer sous la protection de Vladimir Poutine. En mars 2026, alors que les bombes pleuvaient sur Téhéran, le Kremlin regardait ailleurs. »
Des gouvernements africains prennent également leurs distances sur d’autres dossiers. Le ministre des Affaires étrangères du Ghana, Samuel Okudzeto Ablakwa, a dénoncé publiquement l’enrôlement de près de 300 ressortissants ghanéens pour combattre en Ukraine sous de fausses promesses d’emploi, dont 55 ont péri. Le Kenya a transmis à son parlement un rapport de renseignement faisant état de 1 000 ressortissants kényans recrutés par la Russie.
La Russie, puissance d’appoint plutôt que garant
Le Daily Sabah formule l’ironie centrale : un monde multipolaire prend effectivement forme, mais les rôles clés sont joués par d’autres puissances, tandis que la Russie tombe de plus en plus dans la dépendance envers la Chine. La crise iranienne a montré que le bloc dit anti-occidental est davantage une coalition de partenaires temporaires qu’une alliance stratégique stable.
Des sources au sein de l’élite russe, citées par Meduza, ont reconnu que le silence de Poutine sur le Venezuela et l’Iran reflète un calcul brutal : Moscou « n’a pas les ressources pour répondre » parce que tout est engagé en Ukraine.
C’est dans ce contexte que le président russe Vladimir Poutine a adressé, le 28 avril 2026 — au lendemain du retrait confirmé de Kidal —, un message vidéo aux participants du Forum du Dialogue Ouvert, affirmant que l’Occident cède « de manière irréversible » sa place au Sud global. Pour les États qui comptaient sur la protection russe, le contraste entre ce discours et le comportement effectif de Moscou illustre ce qu’un analyste décrit comme « une puissance jonglant avec de multiples dépendances fragiles, cherchant un avantage tout en ayant une marge d’action limitée ».



