Le 4 juin 2026, les ministres de l’énergie de l’Algérie, du Nigéria et du Niger ont lancé les travaux du segment algérien du gazoduc transsaharien (TSGP) depuis le champ gazier d’Aoulef, dans la province d’Adrar. La cérémonie s’est tenue en présence des PDG de Sonatrach, de la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) et de Sonidep, la compagnie nationale nigérienne. Le projet vise à transporter entre 20 et 30 milliards de mètres cubes de gaz nigérian par an vers les marchés européens via les infrastructures méditerranéennes algériennes existantes.
Un projet transsaharien relancé par l’urgence européenne
Le TSGP, dont les premières discussions remontent aux années 1970, avait été officiellement relancé en 2022 avant d’être accéléré par la décision de l’Union européenne d’interdire les importations de gaz russe en janvier 2026. Le tracé algérien s’étire sur plus de 4 000 kilomètres depuis la frontière nigéro-algérienne jusqu’à Hassi R’Mel, le principal hub gazier du pays, en suivant le corridor de la route transsaharienne. Le coût total du projet est estimé à 13 milliards de dollars. Selon le ministre algérien des Hydrocarbures Mohamed Arkab, le segment algérien permettra également d’acheminer du gaz issu de champs existants et futurs, notamment le bassin d’Ahnet. Alger a par ailleurs confirmé que le segment nigérien sera intégralement financé et construit par Sonatrach. Le lancement des travaux a suivi l’adoption du rapport final d’étude de faisabilité réalisé par le cabinet britannique Penspen, validée lors du 5e meeting ministériel du comité de pilotage tenu à Alger le 3 juin.
L’AAGP marocain en attente de financement et de signature
Face au coup d’envoi algérien, le projet marocain progresse sur un calendrier différent. L’African Atlantic Gas Pipeline (AAGP), porté conjointement par Rabat et Abuja, est un tracé hybride offshore-onshore de 6 900 kilomètres longeant la côte atlantique à travers treize pays d’Afrique de l’Ouest, pour une capacité maximale identique de 30 milliards de mètres cubes annuels et un coût estimé à 25 milliards de dollars. Les études de faisabilité et de conception d’avant-projet sont achevées, mais aucun engagement de financement final n’a encore été sécurisé. Des responsables de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc se sont rendus à Washington début mai pour tenter de mobiliser des fonds américains. La signature de l’accord intergouvernemental entre le président nigérian Bola Tinubu et le roi Mohammed VI est attendue au quatrième trimestre 2026, selon le ministère nigérian des Affaires étrangères.
Cette compétition s’enracine dans une rupture diplomatique profonde. Le 24 août 2021, Alger avait rompu unilatéralement ses relations avec Rabat, invoquant des « actes hostiles incessants ». Deux mois plus tard, le 31 octobre 2021, l’Algérie avait fermé le gazoduc Maghreb-Europe (GME), privant le Maroc de près d’un milliard de mètres cubes de gaz annuels — soit la quasi-totalité de ses besoins à l’époque. La décision avait également affecté l’Espagne et le Portugal, qui recevaient du gaz algérien via ce transit.
Deux routes, deux risques
Les deux projets présentent des profils de risque opposés. Le tracé algérien emprunte le Sahel, une zone exposée à l’instabilité sécuritaire et aux activités djihadistes, et traverse le Niger dirigé depuis le coup d’État militaire de juillet 2023 par une junte qui avait rompu avec les partenaires occidentaux. Le tracé marocain, plus long et techniquement plus complexe, privilégie en revanche la côte atlantique et des sections sous-marines, réduisant son exposition aux risques politiques terrestres.
Le premier gaz issu des phases initiales de l’AAGP est attendu pour 2031, avec une pleine opérationnalité du tracé complet envisagée à l’horizon 2046. Pour le TSGP, aucune date de mise en service n’a encore été officiellement communiquée par les trois États partenaires.



