Le dramaturge et activiste politique nigérian Wole Soyinka a appelé à une restitution matérielle intégrale des biens prélevés en Afrique avant toute réconciliation avec les anciennes puissances esclavagistes. Interrogé ce 17 avril par BBC News Africa sur la résolution adoptée en mars par l’ONU qualifiant la traite transatlantique de « crime le plus grave contre l’humanité », Soyinka a articulé sa vision des réparations bien au-delà des seuls compensations financières.
Restitution des biens avant pardon
Lors de son entretien avec Chiamaka Enendu de BBC News Africa, Soyinka a formulé une condition préalable claire aux négociations : « Vous restituez tout, et ensuite nous vous pardonnons. » Cette formulation synthétise sa conviction que la matérialité des réparations constitue une condition préalable indispensable avant d’envisager une réconciliation véritable. L’activiste reconnaît que « beaucoup de biens matériels ont été retirés du continent africain, avec violence », justifiant ainsi l’exigence de leur retour.
Une culpabilité à dépasser
Soyinka souligne cependant une ambiguïté du débat sur les réparations. Il rappelle que « certains de nos propres peuples ont participé à la déshumanisation de leurs semblables », refusant une naïveté morale au moment de définir les responsabilités. Pour autant, il désigne comme cible principale les puissances extérieures : le « regard raciste porté sur les peuples africains » et « ce fardeau de culpabilité » relèvent d’une structuration idéologique dont le monde occidental demeure responsable.
Information et vérité au cœur des enjeux
Soyinka élargit son diagnostic au-delà des seules réparations historiques. Il engage une critique des technologies de l’information, les présentant comme une « arme à double tranchant » au niveau politique et citoyen. Il préconise une pluralité des sources d’information comme condition préalable à l’établissement de la vérité, soulignant que cette autonomie informationnelle devrait caractériser tant les décideurs que l’ensemble de la population.
Son intervention intervient trois semaines après le vote de la résolution de l’Assemblée générale du 25 mars, portée par le Ghana. Le texte a obtenu 123 voix pour, 3 contre (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions, notamment de pays européens.