Le ministère russe des Affaires étrangères a annoncé samedi 31 mai 2026 le rappel de son ambassadeur en Arménie, Sergueï Kopyrkine, pour consultations à Moscou. La décision fait suite à une déclaration du président Vladimir Poutine établissant un parallèle explicite entre le rapprochement d’Erevan avec l’Union européenne et la trajectoire de l’Ukraine avant le déclenchement du conflit en 2022.
Lors du sommet de l’Union économique eurasiatique (UEE) réuni à Astana, au Kazakhstan, Poutine a affirmé que « la crise en Ukraine avait commencé au moment où l’Ukraine cherchait à rejoindre l’UE ». En convoquant ce précédent, le chef du Kremlin suggère que le rapprochement du gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian avec Bruxelles fait peser un risque analogue sur la stabilité de l’Arménie. Cette rhétorique, déjà employée pour justifier l’intervention militaire en Ukraine, est désormais explicitement tournée vers le Caucase.
Un sommet Arménie-UE comme déclencheur
En mai 2026, Erevan accueillait un sommet inédit avec l’Union européenne, qualifié par Bruxelles de « bond en avant » dans les relations bilatérales. Moscou conteste ce rapprochement, estimant qu’une adhésion à l’UE serait incompatible avec le maintien de l’Arménie au sein de l’UEE, un marché commun regroupant également la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizistan.
À Astana, les dirigeants de l’UEE ont chargé leurs fonctionnaires de préparer un rapport sur les « conséquences possibles d’une suspension » de la participation arménienne à l’union. La Russie a parallèlement averti qu’elle pourrait interrompre ses livraisons de gaz naturel à prix préférentiel et bloquer les importations de cognac, de fruits et de légumes arméniens.
Une rupture ancrée dans le Haut-Karabakh
La détérioration des relations russo-arméniennes remonte à septembre 2023, lorsque l’Azerbaïdjan a reconquis le Haut-Karabakh sans que la Russie, pourtant garante de l’accord de cessez-le-feu de 2020 et alliée d’Erevan au sein de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), n’intervienne militairement. Pachinian a depuis gelé la participation arménienne à l’OTSC et accepté le déploiement d’une mission d’observation civile de l’UE sur le territoire national.
Erevan maintient qu’elle ne prévoit pas de quitter l’UEE, tout en poursuivant sa candidature européenne. Les élections législatives arméniennes prévues le 7 juin 2026 constitueront le prochain test politique de cette orientation, Moscou ayant explicitement lié ses futures décisions au résultat du scrutin.



