Depuis Nairobi, où il participait au sommet Africa Forward, le président français Emmanuel Macron a exprimé dimanche 10 mai 2026 son souhait de voir les relations franco-algériennes entrer dans une phase de reprise progressive. Ces déclarations font suite à la visite de deux jours en Algérie de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, reçue samedi par le président algérien Abdelmadjid Tebboune — une séquence diplomatique que Paris présente comme un tournant après près de deux ans de crise profonde.
Lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue kényan William Ruto, Macron a reconnu que certaines « postures de politique intérieure » avaient « causé beaucoup de tort » aux relations bilatérales. Il a plaidé pour une coopération « apaisée et constructive », couvrant les domaines sécuritaire, migratoire, judiciaire et mémoriel. Rufo était porteuse d’une lettre personnelle du chef de l’État français, ainsi que d’une feuille de route destinée à structurer les mois à venir.
Paris multiplie les gestes, Alger pose ses conditions
La visite de Rufo à Alger s’inscrit dans une série d’initiatives françaises depuis le début de l’année. En février, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’était rendu auprès de Tebboune, permettant la reprise partielle des reconduites à la frontière d’Algériens en situation irrégulière — gelées depuis des mois par Alger, qui refusait de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires. Mi-mars, les chefs de la diplomatie des deux pays s’étaient entretenus pour la première fois depuis de longs mois. En avril, une conseillère de l’Élysée pour l’Afrique du Nord avait également effectué le déplacement à Alger.
À chaque étape, l’initiative venait de Paris. La crise avait été déclenchée à l’été 2024 par la reconnaissance française du plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental — perçue par Alger comme une rupture d’équilibre sur un dossier stratégique. L’Algérie avait immédiatement rappelé son ambassadeur, avant d’expulser 12 agents de l’ambassade de France au printemps 2025, entraînant en représailles le rappel de l’ambassadeur Stéphane Romatet. Ce dernier a officiellement regagné son poste à Alger le 8 mai, pour la première fois en plus d’un an.
La question mémorielle reste le principal point de friction. Alger exige une reconnaissance formelle des crimes coloniaux. L’entourage de Macron indique que le président n’ira pas au-delà de la politique des petits pas — comme la présence de Rufo aux commémorations des massacres du 8 mai 1945 à Sétif — et que toute avancée supplémentaire sur ce dossier sera laissée à ses successeurs.
Sahel, narcotrafic et présidentielle 2027 en arrière-plan
Les motivations françaises sont avant tout pragmatiques. La coopération antiterroriste entre les deux pays, notamment sur la situation au Mali et le suivi des combattants revenus de Syrie, avait pratiquement cessé durant la crise. Sa relance, actée lors des entretiens entre Rufo et le chef d’état-major algérien Saïd Chanegriha, répond à une priorité sécuritaire directe pour Paris dans un Sahel en recomposition.
La lutte contre le narcotrafic constitue un autre levier identifié comme convergent par les deux parties, de même que la coopération judiciaire. Selon une source française, l’objectif de Paris est d’« immuniser » ces dossiers des turbulences de politique intérieure — en France comme en Algérie — à l’approche de la présidentielle française de 2027.
Un dossier reste en suspens et conditionne en partie la suite : celui du journaliste sportif français Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis mai 2024 et condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Sa famille a annoncé qu’il avait renoncé à son pourvoi en cassation pour ouvrir la voie à une éventuelle grâce présidentielle de Tebboune. Rufo a obtenu l’engagement qu’il recevrait une visite consulaire « dans les prochains jours » — première depuis son incarcération.



