L’administration Trump a annoncé, mercredi 27 mai 2026, l’installation d’un centre de quarantaine au Kenya destiné exclusivement aux citoyens américains exposés au virus Ebola dans la région des Grands Lacs africains. Le projet, révélé simultanément par le Wall Street Journal et le New York Times, rompt avec la doctrine américaine habituelle de rapatriement des ressortissants infectés vers des établissements spécialisés sur le sol national.
Le centre serait implanté à Nairobi et opéré par le Service de santé publique américain (U.S. Public Health Service). Selon le Washington Post, l’installation initiale compterait 50 lits, avec une capacité d’extension à 250. Le personnel mobilisé suit actuellement une formation de trois jours à la base militaire de Joint Andrews, dans le Maryland, avant déploiement.
Washington ferme ses frontières, externalise la prise en charge
Le secrétaire d’État Marco Rubio a fixé la ligne lors d’une réunion du cabinet : « Nous ne pouvons pas et ne permettrons pas que des cas d’Ebola entrent aux États-Unis. » Depuis le 18 mai 2026, une règle d’urgence sanitaire fédérale interdit l’entrée sur le territoire américain à tout voyageur ayant séjourné en République démocratique du Congo, en Ouganda ou au Soudan du Sud dans les 21 jours précédents. Les ressortissants américains en provenance de ces zones sont redirigés vers des aéroports désignés : Atlanta, Houston et Dulles, auxquels s’ajoute désormais l’aéroport JFK de New York.
L’épidémie qui motive ces mesures dépasse 1 270 cas suspects ou confirmés en RDC, avec 263 décès recensés. Il s’agit de la souche Bundibugyo, troisième épidémie la plus importante jamais enregistrée, classée urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé.
La société civile kenyane s’oppose, le gouvernement Ruto négocie
Le gouvernement du président William Ruto n’a pas officiellement approuvé le projet au moment de sa divulgation, indiquant seulement que des négociations étaient en cours avec Washington. Cette réserve officielle tranche avec la réaction de la société civile. La Law Society of Kenya a demandé au gouvernement de rejeter la demande américaine, son président Charles Kanjama estimant que les centres de traitement doivent être établis au plus près des foyers épidémiques, et non dans un pays indemne. Des habitants de Nairobi interrogés par Reuters ont dénoncé une mesure à double standard, réservant des soins à des étrangers sur un sol kenyan non affecté.
Lawrence Gostin, directeur du Centre collaborateur de l’OMS sur le droit de la santé mondiale, a qualifié la décision d’« inédite », mettant en doute la capacité du Kenya à assurer une prise en charge équivalente aux unités de confinement de niveau 4 existant aux États-Unis.
Le ministère kenyan de la Santé doit se prononcer formellement sur l’approbation du projet dans les prochains jours, une décision dont dépend le calendrier de déploiement du personnel américain à Nairobi.



