Raffineries : le Nigeria confie à la Chine ce que 25 milliards de dollars n'ont pas accompli

La compagnie pétrolière nationale nigériane, la NNPC, a signé le 30 avril 2026 à Jiaxing, en Chine, un mémorandum d’entente avec deux entreprises chinoises pour relancer et étendre ses raffineries publiques de Port Harcourt et de Warri, à l’arrêt depuis mai 2025.

Quand le privé réussit là où l’État échoue

La signature intervient alors que le fossé entre raffinage public et privé au Nigeria n’a jamais été aussi visible. Pendant que les installations de la NNPC accumulaient fermetures et surcoûts, la raffinerie privée du groupe Dangote, inaugurée à Lekki en 2023 avec une capacité de 650 000 barils par jour — la plus grande du continent africain —, modifiait déjà la dépendance du pays aux importations. Selon les données du secteur, les importations nigérianes de carburant sont passées de 14 milliards de dollars en 2024 à 10 milliards en 2025, en partie grâce à cette infrastructure privée. Le fondateur du groupe, Aliko Dangote, avait publiquement mis en doute la capacité des raffineries d’État à fonctionner un jour de manière rentable.

Port Harcourt et Warri : un chantier sans fin

Les raffineries publiques nigérianes de Port Harcourt et de Warri sont fermées depuis le 24 mai 2025, à la suite d’un arrêt pour maintenance initialement prévu pour trente jours. Des audits ont ensuite mis au jour des défaillances structurelles et financières plus graves qu’anticipé. En février 2026, le directeur général de la NNPC, Bachir Bayo Oujoulari, a reconnu que les deux sites généraient des pertes significatives, rendant leur redémarrage immédiat impossible.

Ce nouvel accord fait suite à une longue série de tentatives infructueuses. En 2023, la 9e Assemblée nationale nigériane avait estimé que le pays avait englouti environ 25 milliards de dollars dans la réhabilitation de ses trois raffineries d’État sur vingt-cinq ans, sans résultats durables. Ce chiffre est contesté : la NNPC et le groupe Dangote ont pour leur part évoqué 18 milliards de dollars. Dans les deux cas, aucune des installations n’a atteint une exploitation stable.

Pékin comme dernier recours

L’accord signé à Jiaxing lie la NNPC à Sanjiang Chemical Company Limited et à Xinganchen (Fuzhou) Industrial Park Operation and Management Co. Ltd, dans le cadre d’un partenariat technique en participation. Le document prévoit l’achèvement des travaux de réhabilitation, l’exploitation et la maintenance des deux sites, ainsi que leur extension vers des filières pétrochimiques et des pôles industriels alimentés au gaz.

La NNPC présente ce montage comme une rupture avec les contrats classiques : la rémunération des partenaires chinois serait directement conditionnée aux performances opérationnelles des raffineries. Oujoulari a qualifié le mémorandum d’« étape importante » vers l’identification de partenaires capables de relancer durablement l’outil de raffinage public.

Le mémorandum reste soumis à la conclusion d’accords définitifs et aux autorisations réglementaires nigérianes. Aucun calendrier de redémarrage n’a été communiqué à ce stade.

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