Sénégal : Diomaye Faye sanctionne le Pastef en limogeant Ousseynou Ly, proche de Sonko

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a mis fin, par arrêté du 30 avril 2026, aux fonctions d’Ousseynou Ly, ministre-conseiller et porte-parole de la présidence de la République. L’avocat Abdoulaye Tine, coordonnateur de la coalition Diomaye Président, lui succède à ce poste stratégique de la communication institutionnelle.

Militant identifié du Parti des patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), Ousseynou Ly occupait ce poste depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024. Dans sa déclaration de départ rendue publique le 4 mai, il a réaffirmé explicitement sa loyauté au Premier ministre Ousmane Sonko, dont il a dit partager « l’engagement et la fidélité au projet de transformation porté par le Pastef ». Son successeur n’est pas issu du parti de Sonko : Me Abdoulaye Tine appartient à la coalition Diomaye Président, structure présidentielle autonome lancée en dehors du Pastef.

Un poste stratégique confié hors du Pastef

Cette décision prolonge une série de nominations et révocations qui ont progressivement écarté des proches du Premier ministre des postes-clés de l’appareil d’État. En novembre 2025, Bassirou Diomaye Faye avait déjà écarté Aïda Mbodj, coordinatrice de la coalition présidentielle et alliée de Sonko, pour la remplacer par Aminata Touré, ancienne Première ministre sous Macky Sall. Cette décision avait provoqué l’absence d’Ousmane Sonko à plusieurs conseils des ministres et déclenché une crise ouverte entre les deux têtes de l’exécutif.

Lors d’un entretien télévisé accordé début mai aux chaînes Walf TV, RFM et RTS, le chef de l’État a justifié ses décisions de limogeage par la nécessité de « protéger l’institution présidentielle », affirmant que tout responsable écarté de son poste l’avait été après avoir « attaqué le président à plusieurs reprises ».

Une fracture exécutive documentée

La rupture entre les deux hommes, longtemps présentés comme un bloc unifié sous le slogan de campagne « Diomaye mooy Sonko », s’est accentuée au fil des mois. En mars 2026, Ousmane Sonko avait publiquement menacé de retirer le Pastef du gouvernement si le président s’écartait de leur « vision commune ». Bassirou Diomaye Faye avait alors répondu en posant les termes de leur relation : « Tant qu’il est Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Si cela n’est plus, nous aurons un nouveau Premier ministre. »

La question de l’éligibilité d’Ousmane Sonko à la présidentielle de 2029, compromise par une condamnation pour diffamation confirmée en appel, constitue le fond structurel de cette rivalité. Sonko conserve la majorité parlementaire du Pastef à l’Assemblée nationale, levier qu’il pourrait activer en cas de rupture consommée avec le chef de l’État.

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