Sénégal : au centenaire de Wade, Diomaye Faye tacle Ousmane Sonko

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a prononcé jeudi 4 juin 2026, au Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Rose de Dakar, un discours remarqué lors de la cérémonie officielle marquant le centenaire d’Abdoulaye Wade. Derrière l’hommage à l’ancien chef d’État, fondateur du Parti démocratique sénégalais (PDS), le président en exercice a livré un message politique dont la cible — Ousmane Sonko, son ancien Premier ministre devenu président de l’Assemblée nationale — ne fait guère de doute dans la situation actuelle.

Un hommage à Wade transformé en leçon politique

Devant les plus hautes autorités de l’État et plusieurs personnalités nationales et internationales, Diomaye Faye a placé son discours sous le signe de la transmission pacifique du pouvoir. Évoquant la défaite de Wade en 2012 face à Macky Sall, il a salué le geste de l’ancien président : « Au sein de la défaite, le président Wade ne contesta rien. Il ne retint rien. Il reconnut la victoire de son adversaire. Simplement, il lui tendit la main. Ce geste est celui de Wade qui le reçut sans esprit de revanche, épargnant au pays les convulsions que tant d’autres ont connues après eux. Deux hommes que tout opposait écrivirent ensemble ce jour-là l’une des plus belles pages de notre histoire, celle où le pouvoir se transmet par la seule volonté du peuple et dans la grandeur. Jamais par la rue ni par la force. »

Le chef de l’État a ensuite élevé le propos en principe : « La démocratie n’est pas un butin que l’on arrache et que l’on garde jalousement. La démocratie, c’est une flamme que l’on se passe de main en main et qu’il ne faut jamais laisser s’éteindre. » La dernière séquence du discours sonnait davantage comme un avertissement que comme un éloge : « Wade nous enseigne que l’adversaire d’aujourd’hui n’est pas un ennemi. C’est un compatriote bienveillant qui voit le pays autrement et avec lequel il faudra, une fois le combat terminé, continuer d’habiter en paix, la même maison Sénégal. Nos désaccords, si profonds soient-ils, demeurent des désaccords entre frères et sœurs. On peut s’opposer sans se déchirer et se succéder sans se détruire. Nos aînés nous l’ont appris. À nous de ne pas le désapprendre. »

Une rupture politique en arrière-plan

Ces mots résonnent dans un pays qui vient de traverser une crise institutionnelle majeure. Les tensions entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko, son ancien allié et mentor politique, avaient commencé à éclater publiquement dès juillet 2025, lorsque Sonko déplorait « un manque d’autorité » dans la conduite du pays. En mars 2026, Faye avait relancé sa coalition « Diomaye Président », perçue comme une prise de distance assumée vis-à-vis du Pastef et de son leader. Il critiquait peu après la « personnalisation excessive » du projet politique autour de la figure de son chef de gouvernement.

Le 22 mai, Faye franchissait le pas : il révoquait Sonko de son poste de Premier ministre par décret présidentiel, après des mois de désaccords portant notamment sur des questions de nominations et de gestion de la dette publique. Quatre jours plus tard, le 26 mai, Sonko était élu président de l’Assemblée nationale, se plaçant à la tête de l’institution chargée de contrôler l’action du gouvernement que Faye venait de recomposer. L’économiste Ahmadou Al Aminou Lô, nommé Premier ministre le 25 mai, a formé un nouveau gouvernement le 1er juin.

Dans cette configuration, Faye ne pourra pas dissoudre l’Assemblée nationale avant novembre 2026, soit deux ans après le début de la législature en cours. Les célébrations du centenaire se poursuivent vendredi 5 juin au Monument de la Renaissance africaine avec un colloque scientifique consacré à l’héritage politique et institutionnel d’Abdoulaye Wade, dont la présence physique à Dakar restait incertaine à la veille des festivités.

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