Pendant trois décennies, la Chine a bâti méthodiquement un monopole sur les terres rares — ces 17 métaux indispensables aux technologies de pointe — en combinant prix artificiellement bas, subventions d’État et normes environnementales délibérément laxistes. L’Occident contrôle aujourd’hui moins de 10 % du raffinage mondial, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie publiées en janvier 2025.
La mécanique du piège est désormais documentée. Dès qu’un concurrent occidental manifestait l’intention de développer une filière d’extraction ou de transformation, l’industrie chinoise inondait le marché de terres rares à bas prix, rendant tout investissement rentable impossible. Aucune entreprise privée, soumise aux lois du marché, ne pouvait résister à des prix administrés par un État prêt à vendre à perte. La stratégie a été répétée à plusieurs reprises depuis les années 2000, selon l’analyse publiée par le site spécialisé Transitions & Énergies.
Quand Pékin a retourné l’arme
Depuis avril 2025, Pékin a basculé vers une stratégie opposée. Le gouvernement chinois a introduit un régime de licences d’exportation obligatoires sur sept terres rares — dont le dysprosium et le terbium, essentiels aux aimants permanents utilisés dans les véhicules électriques et les systèmes de guidage militaire. En octobre 2025, cinq éléments supplémentaires ont été soumis aux mêmes restrictions, portant à douze le nombre de terres rares sous contrôle à l’exportation, selon Reuters. Les prix ont bondi jusqu’à 150 % en Europe sur la même période, d’après les données publiées par Usine Nouvelle.
Des lignes de production américaines et européennes ont dû s’arrêter faute d’approvisionnement, selon le cabinet d’analyse Aletheia Vauban. En mai 2026, les ministres du Commerce du G7 réunis à Paris ont officiellement reconnu la situation, adoptant une déclaration commune ciblant les pratiques de coercition économique sur les chaînes d’approvisionnement.
Une reconversion industrielle engagée, mais insuffisante
L’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) chiffre à trente ans le retard occidental sur la Chine en matière de filière terres rares. Les États-Unis ont ouvert une mine au Wyoming en 2025 et prévoient une deuxième au Texas en 2028, avec la constitution d’un stock tampon équivalant à deux mois de consommation industrielle. En France, un plan national a été lancé pour reconstituer une filière qui existait avant d’être progressivement abandonnée à partir des années 1990.
Ces initiatives ne suffiront pas à court terme à rééquilibrer les rapports de force : la Chine assure encore 91 % du raffinage mondial des terres rares, étape sans laquelle le minerai extrait reste inexploitable industriellement. De nouvelles négociations commerciales sino-américaines sont attendues d’ici novembre 2026, dans le cadre du report d’un an des dispositions annoncées lors du sommet de Busan en octobre 2025.



