Trump et le troisième mandat : quand la blague répétée reste une question constitutionnelle

Donald Trump a évoqué lundi 5 mai 2026 la possibilité de quitter ses fonctions dans « huit ou neuf ans », lors d’un sommet des petites entreprises organisé à la Maison-Blanche en marge de la Semaine nationale des petites entreprises. La saillie, accueillie par des applaudissements et des rires de l’assistance, est la dernière d’une série de déclarations similaires formulées depuis le début de son second mandat.

La remarque est intervenue alors que le président américain vantait les déductions fiscales pour les indépendants inscrites dans le One Big Beautiful Bill, adopté l’an dernier. Évoquant le moment où il quitterait le pouvoir, Trump a glissé : « dans, disons, huit ou neuf ans, je pourrai l’utiliser moi-même. » Aucune précision n’a suivi sur la nature — plaisanterie ou intention — de cette formulation.

Des précédents qui remontent à 2018

L’intérêt de Trump pour la question des mandats présidentiels ne date pas de son second mandat. En mars 2018, il avait publiquement salué la décision du président chinois Xi Jinping de supprimer la limite des mandats inscrite dans la Constitution chinoise, suggérant que les États-Unis pourraient envisager une disposition similaire. La remarque, formulée devant des donateurs républicains en Floride, avait suscité des réactions dans les deux partis. En avril 2019, il plaisantait sur dix ans de plus au pouvoir, avant d’affirmer en juin de la même année qu’il ne ferait que plaisanter sur une violation du 22e amendement.

Une série de sorties publiques depuis janvier 2025

La déclaration du 5 mai n’est pas isolée. Dès janvier 2025, une semaine après son investiture, Trump demandait publiquement aux élus républicains réunis à Doral, en Floride : « Ai-je le droit de me représenter ? » En février 2025, au petit-déjeuner de prière de Washington, il répétait vouloir rester « malgré le fait qu’ils disent que je ne peux pas me représenter ». En mars 2025, interrogé par NBC News, il affirmait cette fois ne pas plaisanter au sujet d’un troisième mandat, indiquant qu’il existait « des méthodes » pour y parvenir, avant de tempérer en disant ne pas y penser « pour l’instant ». Lors du discours sur l’état de l’Union de février 2026, il évoquait encore un mandat qui aurait dû être « le troisième ». En avril 2026, dans le Bureau ovale, il revenait sur le sujet après la publication d’un sondage favorable dans l’Iowa.

Un verrou constitutionnel aux contours débattus

Le 22e amendement de la Constitution américaine, ratifié en 1951 après les quatre mandats consécutifs de Franklin D. Roosevelt, interdit formellement à toute personne d’être élue président plus de deux fois. Pour Trump, dont le premier mandat court de 2017 à 2021 et le second depuis janvier 2025, la barrière est explicite.

Plusieurs alliés du président cherchent des voies de contournement. Le représentant républicain du Tennessee Andy Ogles a déposé dès janvier 2025 une résolution visant à modifier le 22e amendement pour autoriser un troisième mandat dans le cas de deux mandats non consécutifs. Au sein du mouvement conservateur, le « Third Term Project » promouvait activement cette idée lors de la CPAC 2025. L’ancien conseiller stratégique Steve Bannon affirmait pour sa part en février 2026 que Trump serait président en 2028, « et que les gens feraient mieux de s’y habituer ».

Une telle révision constitutionnelle exigerait l’approbation des deux tiers du Congrès et la ratification par 38 États sur 50, un seuil que les observateurs constitutionnels jugent très difficile à atteindre. Trump a lui-même évoqué d’autres pistes, dont une potentielle candidature à la vice-présidence comme voie détournée vers la Maison-Blanche.

Le mandat actuel de Trump s’achève en janvier 2029, date à laquelle la prochaine élection présidentielle américaine aura déjà eu lieu.

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