Moscou se dit disposé à rétablir des relations normales avec Washington, mais pose ses conditions. Alexander Gusarov, chef du département de l’Atlantique Nord au ministère russe des Affaires étrangères, a précisé le 2 juin dans une interview accordée au magazine International Affairs les termes que la Russie juge non négociables pour toute avancée diplomatique avec les États-Unis.
Selon Gusarov, la normalisation des liens bilatéraux repose sur trois exigences : le respect mutuel des intérêts des deux parties, un bénéfice réciproque et l’absence d’ingérence dans les affaires internes russes. « Peu importe la longueur et la difficulté de ce chemin, nous sommes prêts à avancer », a-t-il déclaré, tout en conditionnant explicitement cette progression à l’adhésion américaine à ces principes.
Un dialogue renoué, des résultats encore attendus
Le responsable russe a reconnu une inflexion dans l’approche américaine depuis l’arrivée de la nouvelle administration. Washington aurait affiché la volonté de rompre avec ce qu’il qualifie d’attitudes « extrêmement conflictuelles et idéologiques » héritées de l’ère Biden, ouvrant la voie à ce que Gusarov décrit comme un dialogue « équilibré et pragmatique », ponctué de contacts bilatéraux, y compris au sommet.
Cette évolution intervient après plus d’un an d’activité diplomatique soutenue : un appel entre Donald Trump et Vladimir Poutine en février 2025 a ouvert un cycle de contacts bilatéraux, suivi de pourparlers de paix à Riyad sans l’Ukraine ni les Européens, puis d’un sommet Trump-Poutine en Alaska en août 2025. Par la suite, des négociations trilatérales impliquant l’Ukraine ont eu lieu à Abou Dhabi et à Genève en février 2026 sous médiation américaine. Washington a aussi modifié sa doctrine dans sa Stratégie de sécurité nationale de décembre 2025, en abandonnant le cadre de « compétition entre grandes puissances » au profit de la stabilité et de la désescalade, un changement salué par Moscou. Aucune de ces initiatives n’a cependant produit d’accord de cessez-le-feu.
Les points de friction demeurent structurels
Malgré cette dynamique, les désaccords de fond n’ont pas été résolus. Le plan de paix américain présenté en novembre 2025 a été jugé trop favorable à Moscou par Kiev et plusieurs capitales européennes. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a publiquement dénoncé, en février 2026 à la Conférence de Munich sur la sécurité, un cadre de négociation qui exigerait des concessions quasi exclusivement de la part de l’Ukraine. Gusarov a lui-même admis que « la dynamique émergente reste à tester » en termes de résultats concrets, reconnaissant l’écart entre les signaux diplomatiques échangés et les avancées effectives sur le terrain.
Les prochaines semaines seront un test : des négociations trilatérales sous médiation américaine sont attendues, alors que la Russie maintient ses opérations militaires en Ukraine et que Washington cherche toujours à concrétiser une sortie de crise avant la fin de l’année.



