Des ambassadeurs et hauts-commissaires africains accrédités en Afrique du Sud ont refusé d’assister aux célébrations officielles de la Journée de l’Afrique, organisées lundi 25 mai au stade de Moruleng, dans la province du Nord-Ouest. La décision, collective, a été annoncée par André Nzapayeké, ambassadeur de la République centrafricaine et doyen du corps diplomatique africain, au lendemain de l’événement.
Le motif avancé est sécuritaire. Nzapayeké a indiqué que les diplomates n’étaient pas en mesure de garantir la sécurité des ressortissants étrangers présents dans une enceinte accueillant plusieurs milliers de personnes. Le Daily Maverick précise que les ambassadeurs ont, dans un second temps, clarifié leur position : ils n’ont pas boycotté l’événement officiel du gouvernement sud-africain en tant que tel, mais annulé leurs propres célébrations prévues en marge, pour les mêmes raisons de sécurité.
Des semaines de violences anti-migrants
La décision des diplomates fait suite à plusieurs semaines de tensions dans les provinces du Gauteng, du KwaZulu-Natalet du Cap-Oriental. Selon Human Rights Watch, des groupes de vigilants ont mené des attaques ciblées contre des ressortissants africains et asiatiques depuis avril 2026, dans un contexte de mobilisation du mouvement anti-immigration « March and March ». L’organisation indique que la réponse des forces de l’ordre a été jugée insuffisante.
Le Ghana a été l’un des premiers États à réagir diplomatiquement. Début mai, Accra a annoncé l’évacuation de 300 ressortissants, avant de porter le chiffre à plus de 800 personnes enregistrées auprès de son haut-commissariat à Pretoria. Le Nigeria a confirmé que 130 de ses citoyens avaient demandé une évacuation d’urgence. Le Kenya, le Malawi, le Lesotho et le Zimbabwe ont publié des directives conseillant à leurs nationaux de rester chez eux.
Pretoria sous pression continentale
Le président Cyril Ramaphosa a condamné la xénophobie lors de la Journée de la liberté, le 27 avril 2026, appelant à ne pas confondre la question migratoire avec la haine envers les étrangers. Le ministre des Relations internationales, Ronald Lamola, a engagé des contacts directs avec plusieurs capitales africaines.
Ces gestes n’ont pas suffi à désamorcer la pression diplomatique. Le Ghana a formellement demandé à la Commission de l’Union africaine d’inscrire les attaques contre les migrants à l’ordre du jour de la réunion de coordination de mi-année de l’UA, prévue du 24 au 27 juin 2026 au Caire. Pretoria a qualifié cette initiative de « regrettable ». C’est lors de ce sommet que la position collective du continent à l’égard de l’Afrique du Sud devrait se préciser.



