Affaire Dangnivo au Bénin : un témoignage relance les zones d'ombre du dossier

Le procès dans l’affaire de la disparition de Pierre Urbain Dangnivo a repris vendredi 26 juin 2026 devant le tribunal de première instance de Cotonou. L’audience a été dominée par le témoignage de Grégoire Dangnivo, frère de l’ancien cadre du ministère des Finances porté disparu en août 2010, qui a livré pendant près d’une heure et demie le récit des démarches entreprises par sa famille et de ses doutes persistants sur les circonstances de cette affaire.

Très ému à la barre, le témoin a décrit les années d’attente traversées par les proches du disparu. Selon lui, l’inquiétude est née dès le lendemain de la disparition de Pierre Urbain Dangnivo, après les alertes lancées par ses deux épouses qui ne parvenaient plus à le joindre. Il a expliqué que la famille avait multiplié les recherches et consulté différentes pistes pour tenter de retrouver sa trace.

La famille conteste l’identification du corps retrouvé à Womey

Au cours de sa déposition, Grégoire Dangnivo est revenu sur les informations communiquées à l’époque par les autorités judiciaires. Il a rappelé qu’un mois après la disparition, l’ancien ministre de la Justice, Grégoire Akoffodji, avait informé la famille qu’un corps présenté comme celui de Pierre Urbain Dangnivo avait été découvert à Womey.

Le frère de la victime a toutefois réaffirmé que sa famille n’a jamais reconnu cette dépouille. Il a indiqué avoir personnellement observé le corps et maintient qu’il ne s’agissait pas de son frère. Cette conviction a conduit les proches à demander une contre-expertise ADN, dont le coût, évalué à 3 349 euros, soit 2 176 850 francs CFA, a été supporté par la famille.

Selon son témoignage, les conclusions présentées au fil de l’enquête n’ont jamais dissipé les interrogations des proches, qui continuent de réclamer des explications sur les circonstances de la disparition et sur le traitement judiciaire du dossier.

Le frère de la victime disculpe les deux accusés

L’un des moments les plus marquants de cette audience est intervenu lorsque Grégoire Dangnivo a affirmé que les deux hommes poursuivis dans cette procédure, Codjo Alofa et Donatien Amoussou, ne seraient pas responsables du meurtre de son frère. Il a néanmoins estimé que Codjo Alofa devait fournir des explications sur ce qu’il considère comme un « montage » autour de cette affaire.

Interrogé par le ministère public sur la possibilité que Pierre Urbain Dangnivo soit encore en vie, le témoin a répondu que la famille gardait cet espoir. À défaut, elle demande que toute la lumière soit faite et que les restes de leur proche leur soient remis afin de procéder aux rites funéraires.

Au cours de sa déposition, Grégoire Dangnivo a également soutenu que son frère aurait été victime d’un crime prémédité. Il a rappelé l’engagement politique de Pierre Urbain Dangnivo au sein du Parti social-démocrate (PSD), évoquant son opposition au pouvoir en place au moment de sa disparition.

D’autres demandes formulées au cours de l’audience

Avant l’audition de Grégoire Dangnivo, les débats ont porté sur la recherche de deux témoins dont la comparution avait été ordonnée lors des précédentes audiences. Le procureur de la République a indiqué qu’ils ne se trouvaient plus sur le territoire national, tout en précisant qu’ils avaient été géolocalisés. Les avocats de la famille ont demandé que les éléments attestant des recherches effectuées soient produits au dossier, ce à quoi le ministère public a répondu que ces pièces seraient versées au cours de la procédure.

L’avocate Me Olga Anassidé a également sollicité la comparution de l’ancien directeur général de la Police nationale, Louis Philippe Houndégnon, après les déclarations publiques de ce dernier affirmant détenir des informations sur le dossier.

Ouvert le 11 mars 2025 lors d’une session criminelle, ce procès porte sur la disparition de Pierre Urbain Dangnivo, fonctionnaire du ministère des Finances porté disparu le 17 août 2010. Depuis l’ouverture des débats, la juridiction a entendu de nombreux témoins, parmi lesquels des médecins légistes, des enquêteurs, des responsables d’opérateurs de téléphonie ainsi que plusieurs anciens responsables des services de sécurité. À l’issue de l’audience de ce 26 juin 2026, le tribunal a renvoyé l’affaire au 3 juillet 2026 afin de poursuivre les débats et l’examen des différentes demandes formulées par les parties.

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