Aliko Dangote : du ciment à la raffinerie de Lagos, l'ascension du noir le plus riche du monde

Aliko Dangote, président du groupe industriel nigérian Dangote Group, conserve début 2026 sa place de première fortune d’Afrique et de premier homme noir au classement mondial des milliardaires, avec un patrimoine estimé entre 28,5 et 35,9 milliards de dollars selon les indices Forbes et Bloomberg. Né le 10 avril 1957 à Kano, dans le nord du Nigeria, l’industriel a construit cette fortune en quarante ans, depuis un simple commerce d’import-export jusqu’à un conglomérat présent dans dix-sept pays africains.

Un emprunt familial de 3 000 dollars à l’origine du groupe

L’histoire commence en 1977. Diplômé de l’université Al-Azhar, en Égypte, le jeune Aliko Dangote contracte un prêt de 3 000 dollars auprès de son oncle pour importer du riz, du sucre et du ciment, qu’il revend sur le marché nigérian via ses propres marques. Le ciment, alors rare et coûteux dans le pays, lui assure une croissance rapide de son activité.

En 1981, il formalise cette activité commerciale en fondant Dangote Group, alors spécialisé dans l’importation en sac de ciment, de riz, de sucre, de farine et de sel. L’entreprise diversifie progressivement ses importations vers l’acier, les aliments pour bébés et les produits en aluminium. Au tournant des années 1990, le groupe devient l’un des plus grands conglomérats commerciaux du pays et engage sa bascule vers la production industrielle, en démarrant par le textile avant d’investir la minoterie, le traitement du sel puis le raffinage du sucre.

Le virage décisif intervient au début des années 2000, lorsque Dangote Group reprend Obajana Cement Plc, une cimenterie publique en difficulté. Cette acquisition donne naissance à Dangote Cement, aujourd’hui implantée dans plusieurs pays africains et devenue la plus grande capitalisation boursière du Nigeria après son introduction à la Bourse nigériane (NSE) en 2007. La valorisation de ses participations boursières propulse alors Aliko Dangote parmi les plus grandes fortunes du continent.

La raffinerie de Lagos, accélérateur de fortune

L’expansion du groupe s’accélère ensuite avec l’entrée dans le raffinage pétrolier. La raffinerie de Lagos, d’une capacité de 650 000 barils par jour, atteint une pleine exploitation et couvre désormais l’intégralité des besoins nigérians en produits raffinés, soit environ 50 millions de litres d’essence et 17 millions de litres de diesel par jour, avec une capacité d’exportation portant sur 40 % de sa production vers d’autres marchés africains.

Cette montée en puissance industrielle se traduit directement dans le classement des grandes fortunes mondiales. Forbes évalue le patrimoine d’Aliko Dangote à 23,4 milliards de dollars en 2025, porté notamment par l’entrée en production de la raffinerie. Au début de l’année 2026, l’indice Bloomberg des milliardaires le situe à 31,9 milliards de dollars, avant qu’une nouvelle progression ne porte sa fortune à 35,9 milliards de dollars en mai, selon ce même indice. Bloomberg le classe alors 77ᵉ homme le plus riche du monde et premier en Afrique.

Une expansion qui dépasse désormais les frontières nigérianes

Le groupe ne limite plus ses ambitions au Nigeria. En Éthiopie, Dangote Industries a signé en août 2025 un accord de coentreprise avec le fonds souverain Ethiopian Investment Holdings pour construire un complexe d’urée de 2,5 milliards de dollars à Gode, dans la région Somali. Dangote Industries y détient 60 % du capital. La première pierre du site a été posée le 2 octobre 2025 par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, et Aliko Dangote s’est rendu sur le chantier le 17 mai 2026 pour constater l’avancement des travaux.

En Afrique de l’Est, l’industriel a évoqué auprès du Financial Times un projet de raffinerie de 650 000 barils par jour à Mombasa, au Kenya, pour un investissement estimé entre 15 et 17 milliards de dollars, sous réserve du soutien du président kényan William Ruto. Au Zimbabwe, un accord signé avec le président Emmerson Mnangagwa prévoit un investissement d’un milliard de dollars pour la construction d’un pipeline reliant la ville namibienne de Walvis Bay à Bulawayo, ainsi que des centrales électriques et une cimenterie. En mars 2026, Dangote Group a par ailleurs signé avec le groupe chinois Sinoma International Engineering un accord-cadre de plus d’un milliard de dollars portant sur douze projets de construction et d’extension de cimenteries dans sept pays africains, dont le Nigéria et l’Éthiopie.

La succession déjà engagée au sein du groupe

Âgé de 68 ans, Aliko Dangote a entamé la transmission progressive des responsabilités opérationnelles. Il a quitté la présidence de Dangote Cement Plc et a élargi les fonctions de ses trois filles au sein du conglomérat : Halima Dangote dirige désormais le family office du groupe ainsi que ses bureaux de Dubaï et Londres, Fatima Dangote supervise les activités pétrolières et gazières, et Mariya Dangote prend en charge la stratégie commerciale des activités cimentières et alimentaires. Cette réorganisation s’inscrit dans un objectif affiché par le groupe : atteindre une valorisation de 100 milliards de dollars d’ici quatre ans.

La cotation de Dangote Cement sur la Bourse de Londres reste pour l’instant soumise aux conditions de marché, une décision définitive étant attendue dans les prochaines semaines avant une introduction envisagée pour septembre 2026.

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