Quatre ans après avoir freiné un premier rapprochement entre Apple et un fabricant chinois de puces, le Congrès américain pourrait revivre le même bras de fer. L’entreprise de Tim Cook sollicite désormais l’administration Donald Trump pour obtenir le droit d’acheter de la mémoire auprès d’une société chinoise jugée proche de l’armée de Pékin, selon le Financial Times.
Une pénurie mondiale qui pousse Apple vers la Chine
La demande d’Apple intervient quelques jours après une hausse de prix inédite sur ses ordinateurs Mac et ses tablettes iPad, comprise entre 17 et 25 % selon les modèles. Cette flambée résulte d’une pénurie mondiale de puces de mémoire, des composants essentiels au fonctionnement de tout ordinateur ou smartphone. La demande explosive des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle a englouti une grande partie de l’offre disponible, faisant grimper les coûts de fabrication pour l’ensemble de l’industrie électronique.
Apple s’approvisionne aujourd’hui auprès de trois fournisseurs : l’américaine Micron, et les sud-coréennes Samsung et SK Hynix. Pour desserrer cet étau, l’entreprise californienne souhaiterait ajouter un quatrième partenaire : ChangXin Memory Technologies, devenue le premier fabricant chinois de mémoire et capable de produire à moindre coût.
Une entreprise surveillée par le Pentagone
Le problème, c’est que cette société figure sur une liste tenue par le ministère américain de la Défense, qui recense les entreprises chinoises suspectées de liens avec l’armée de Pékin. Travailler avec elle n’est pas interdit par la loi, mais expose Apple à un risque politique sérieux : en 2022, des élus du Congrès avaient averti l’entreprise contre un projet similaire avec un autre fabricant chinois, YMTC. Apple avait alors abandonné l’idée.
Apple a contacté le ministère du Commerce américain il y a plus d’un mois, avant d’élargir ses démarches à d’autres responsables de la Maison Blanche. L’enjeu dépasse la seule question commerciale : le ministère de la Défense américain, lui-même client d’Apple, n’a pas le droit d’acheter des appareils contenant des composants issus d’entreprises inscrites sur cette liste. Une collaboration avec le fabricant chinois pourrait donc fragiliser les contrats d’Apple avec l’un de ses principaux clients institutionnels. Le président de la commission de la Chambre des représentants sur la Chine, John Moolenaar, a déjà qualifié ce projet de « grave erreur » si Apple persistait dans cette direction.
Le dilemme de Donald Trump
C’est désormais à l’administration Trump de se positionner. Accorder cette autorisation reviendrait à assouplir la ligne dure adoptée envers les entreprises technologiques chinoises, dans un contexte où Washington négocie aussi des dossiers commerciaux sensibles avec Pékin, notamment sur les terres rares. La refuser maintiendrait la pression sur Apple, déjà confrontée à une grogne croissante des consommateurs américains face à la hausse des prix.
Le gouvernement américain a par le passé retardé ou suspendu certaines procédures visant des entreprises chinoises lorsque les négociations commerciales avec Pékin l’exigeaient. Le fabricant chinois visé par la demande d’Apple avait lui-même vu son inscription sur une liste équivalente du ministère du Commerce suspendue pour cette même raison, signe que le dossier reste politiquement mouvant.
Apple n’a pas commenté publiquement sa démarche. La Maison Blanche n’a pas non plus répondu aux sollicitations sur le sujet. Une décision de l’administration américaine est désormais attendue, sans calendrier officiel communiqué à ce stade.



