L’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière) a ouvert cartes.gouv.fr au grand public le 25 juin 2026. La plateforme se présente comme une alternative souveraine à Google Maps — gratuite, sans publicité, sans traçage. Mais la comparaison s’arrête là. Les deux outils ne visent pas les mêmes utilisateurs, ni les mêmes usages.
Cartes.gouv.fr : un outil de données territoriales, pas un GPS
Cartes.gouv.fr n’est pas un outil de navigation au sens de Google Maps ou Waze. La plateforme propose un calcul d’itinéraire, mais reste incapable de gérer le trafic en temps réel — ce qui constitue sa principale limite pour un usage de navigation quotidienne. Elle ne recense aucun point d’intérêt commercial : pas de restaurants, d’hôtels, ni de stations-service. Il n’existe pas non plus d’application mobile dédiée, même si le site fonctionne sur smartphone.
Ce que l’outil propose à la place, c’est une profondeur de données que Google ne délivre pas. Le catalogue dépasse les 1 100 couches cartographiques, alimentées par l’IGN mais aussi par ses partenaires : l’INSEE, l’Office national des forêts, l’Office français de la biodiversité. On y trouve des photographies aériennes, le cadastre, des cartes historiques, des données sur l’urbanisme, l’agriculture, les forêts, les énergies renouvelables et la démographie, ainsi que les données du programme LiDAR HD — une cartographie laser 3D qui restitue le relief avec une précision centimétrique.
Panoramax : un équivalent de Street View, encore en construction
La plateforme intègre Panoramax, lancé en 2022 par l’IGN et OpenStreetMap France : un commun numérique qui propose une alternative libre à Google Street View, avec près de 110 millions de photos déjà disponibles, couvrant environ un million de kilomètres. La couverture n’est pas encore exhaustive sur tout le territoire. Sur les zones bien couvertes, l’expérience est satisfaisante ; sur les autres, il faudra attendre de nouveaux contributeurs.
Google Maps : toujours devant pour la navigation et les commerces
Cartes.gouv.fr n’égale pas encore Google Maps sur l’ergonomie, la fluidité ou les fonctionnalités touristiques — avis, photos de commerces, horaires d’ouverture. Les deux outils peuvent se compléter : Google Maps pour la navigation rapide et la recherche de commerces, cartes.gouv.fr pour tout ce qui touche aux données du territoire, à l’urbanisme, au cadastre ou à la randonnée.
Un outil public qui remplace le Géoportail
Cartes.gouv.fr succède au Géoportail, ouvert il y a vingt ans par l’IGN. Le Géoportail fermera ses portes en septembre 2026, avec un renvoi automatique vers cartes.gouv.fr jusqu’en décembre 2026. Lancé en décembre 2025 pour les professionnels, le site enregistrait déjà 200 000 visites mensuelles avant son ouverture au grand public.
Selon un sondage Ipsos BVA commandé par l’IGN en mai 2026 auprès de 1 000 Français, 87 % des personnes interrogées jugent important que l’État développe et gère ses propres outils publics de cartographie, et 81 % se déclarent prêts à modifier leurs habitudes pour adopter un outil souverain. Ces chiffres traduisent moins une volonté de quitter Google Maps qu’une méfiance croissante envers les modèles économiques fondés sur la collecte de données de déplacement.


