Un F-16 modifié a décollé de la base aérienne d’Eglin, en Floride, sans qu’aucun humain ne tienne les commandes durant la majeure partie du vol. Un pilote d’essai est resté dans le cockpit, chargé de surveiller le comportement du logiciel et de reprendre la main en cas de besoin.
L’appareil appartient au programme VENOM (Viper Experimentation and Next-generation Operations Model), piloté conjointement par l’US Air Force et la DARPA, l’agence de recherche du Pentagone. Un kit d’autonomie dédié a été installé à bord, permettant de basculer d’un simple geste entre commande humaine classique et contrôle par intelligence artificielle.
Un pilote transformé en simple superviseur
L’armée décrit ce fonctionnement comme une supervision continue de l’humain sur la machine, plutôt qu’un pilotage automatique classique : l’opérateur ne dirige pas chaque mouvement, mais garde la possibilité d’interrompre le système à tout instant. Aucune information n’a filtré sur la durée pendant laquelle le logiciel a gardé la main, ni sur le détail des manœuvres exécutées. Aucun tir réel ni décision létale autonome n’a été mentionné à l’issue des essais.
Le général James Valpiani, qui supervise le programme à la DARPA, a jugé que ces vols permettent de bâtir une base technique solide pour un futur combat aérien mené sans pilote. Son collègue, le lieutenant-colonel Patrick Highland, a de son côté insisté sur l’objectif suivant : coordonner plusieurs appareils autonomes en même temps, pour des missions menées bien au-delà du champ de vision d’un pilote.
Le prolongement d’un essai mené en 2023
Ce vol ne surgit pas de nulle part. Cinq ans plus tôt, en 2018, la DARPA avait lancé le programme Air Combat Evolution (ACE) pour explorer le pilotage automatisé d’avions de chasse. Ce programme avait débouché, en septembre 2023, sur la première confrontation aérienne réelle entre une intelligence artificielle et un pilote humain, tous deux aux commandes d’un F-16 : le combat s’était déroulé au-dessus de la base aérienne d’Edwards, en Californie, à bord d’un appareil baptisé X-62A VISTA.
La différence avec VENOM tient à l’ambition du projet. Le X-62A restait un simulateur de vol unique, conçu pour reproduire le comportement d’autres avions. VENOM, de son côté, convertit des F-16 de série en plateformes d’essai destinées à recevoir successivement différents logiciels d’autonomie, ce qui permet à l’armée de multiplier les tests sur du matériel proche de celui réellement utilisé au combat.
Un millier d’appareils autonomes
Les vols réalisés à Eglin doivent nourrir un programme d’évaluation plus large, portant sur plusieurs agents d’intelligence artificielle testés en conditions réelles. L’US Air Force affiche l’ambition de disposer, à terme, d’environ un millier d’avions dotés de capacités autonomes, appelés à voler aux côtés des chasseurs pilotés par des humains.
Cette filière alimente aussi le programme Collaborative Combat Aircraft (CCA), consacré au développement de drones d’escorte peu coûteux destinés à accompagner les F-35 et le futur F-47. Les données recueillies lors des vols VENOM — gestion d’une formation, exécution d’un passage d’armement, fusion des informations de vol — servent directement à la conception de ces drones.
À titre de comparaison, le coût unitaire d’un missile air-air de type AMRAAM se chiffre en centaines de milliers de dollars, loin devant celui d’un drone explosif bon marché — un écart qui explique en partie l’attrait croissant des armées pour des plateformes aériennes autonomes à moindre coût. Selon les prévisions communiquées par le Pentagone, les premiers appareils issus de ce programme pourraient entrer en service d’ici 2028.



