Dix-neuf pays de l'UE soutiennent la création de centres de retour de migrants hors d'Europe

Dix-neuf États membres de l’Union européenne se sont prononcés en faveur de la création de centres de retour pour migrants situés hors du territoire européen, a rapporté le Financial Times le 23 juin. La première ministre danoise, Mette Frederiksen, a confirmé au journal britannique qu’un premier hub pourrait ouvrir d’ici 2026-2027.

« Une sorte de coalition de volontaires se forme avec le soutien de la Commission européenne », a déclaré Frederiksen, précisant que ces centres devraient fonctionner dans le respect du droit international et des normes européennes en matière de droits de l’homme.

Un règlement européen commun, pas un projet national

Le mécanisme évoqué par le Danemark s’appuie sur le règlement « retour », négocié entre le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen et accompagnant le Pacte sur la migration et l’asile, entré en application le 12 juin 2026. Ce texte permet à tout État membre de conclure un accord bilatéral avec un pays tiers pour y établir un centre accueillant des personnes sans droit de séjour dans l’Union.

Ces hubs pourront fonctionner comme lieux de transit avant un retour vers le pays d’origine, ou comme destination où la personne demeure pour une durée non plafonnée par le texte. Le règlement précise que de tels accords ne peuvent être conclus qu’avec des pays respectant les standards internationaux en matière de droits humains, dont le principe de non-refoulement. Les mineurs non accompagnés sont exclus du dispositif, mais les familles avec enfants peuvent y être transférées.

Le Conseil de l’Union européenne a indiqué que les accords bilatéraux conclus dans ce cadre ne sont soumis à aucune validation préalable de la Commission européenne ; chaque pays signataire est seulement tenu d’informer les autres États membres lorsqu’il engage des discussions avec un partenaire non européen.

L’Albanie, référence revendiquée mais résultats limités

Le modèle cité en référence par plusieurs gouvernements européens est celui mis en place par l’Italie en Albanie. Depuis fin 2024, deux centres, à Shengjin et à Gjader, accueillent des migrants interceptés en mer avant un traitement accéléré de leur demande d’asile.

Un an après leur ouverture, ces structures restaient toutefois largement sous-utilisées : selon des organisations non gouvernementales italiennes citées par l’Agence France-Presse, 132 personnes seulement y avaient été transférées, dont une partie a été reconduite en Italie après des décisions de justice. L’organisation Action Aid et une université italienne ont par ailleurs chiffré le coût de construction du centre de Gjader à plus de 153 000 euros par place d’hébergement, contre environ 21 000 euros pour une structure comparable construite en Sicile la même année.

Plusieurs juridictions italiennes ont invalidé des décisions de rétention prises dans ces centres, et la Cour de justice de l’Union européenne a été saisie sur la légalité de l’accord d’externalisation conclu entre Rome et Tirana.

D’autres pays européens engagés dans des projets similaires

Outre le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche et la Grèce travaillent à la mise en place de structures comparables hors du territoire de l’Union, selon les informations rapportées par Euronews en mars 2026. Le Royaume-Uni, qui n’est pas membre de l’UE, a également engagé des discussions séparées avec plusieurs pays des Balkans en vue d’y établir ses propres centres de retour.

L’organisation Human Rights Watch a averti que ces projets risquaient de transformer les pays des Balkans en zone de relégation pour demandeurs d’asile déboutés, et a appelé les gouvernements européens à privilégier le renforcement des systèmes d’asile existants dans ces pays plutôt que l’externalisation des procédures de retour.

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