Un pilier du pouvoir sénégalais menace désormais l’autre. Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et ancien Premier ministre, a averti dimanche 12 juillet 2026 qu’il ferait tomber le gouvernement d’Al Amine Lô « autant de fois que nécessaire » si les intérêts pétroliers et gaziers du Sénégal n’étaient pas préservés. La sortie, prononcée à Touba en marge de l’inauguration du siège de son parti Pastef, expose une fracture entre le chef du Parlement et l’exécutif dirigé par le président Bassirou Diomaye Faye.
Une menace de motion de censure assumée
Sonko a directement visé la gestion des dossiers énergétiques par son successeur à la Primature. Il reproche à Al Amine Lô de vouloir infléchir la ligne de fermeté adoptée durant son propre passage au gouvernement, notamment dans la renégociation du bloc gazier de Yakaar-Teranga, le dossier des phosphates des Industries chimiques du Sénégal (ICS) et les discussions avec Kosmos Energy et BP sur le projet Grand Tortue Ahmeyim.
Selon des propos rapportés au président de l’Assemblée, Al Amine Lô aurait indiqué lors d’une réunion à huis clos que sa priorité serait désormais l’amélioration du climat des affaires, une orientation qui reviendrait à répondre davantage aux attentes des investisseurs occidentaux. Sonko en tire une conclusion sans détour : « S’ils s’y prennent, nous ferons une motion de censure et nous renverserons le gouvernement, et s’ils recommencent, nous le renverserons encore et encore. »
Une offensive législative pour verrouiller les contrats
Sonko a annoncé le dépôt prochain d’une proposition de loi portée par un député de son camp. Le texte imposerait à l’État de soumettre systématiquement toute attribution de bloc pétrolier ou gazier à l’approbation préalable de l’Assemblée nationale, retirant ainsi à l’exécutif seul la faculté de valider ces contrats.
Cette initiative prolongerait le bilan que revendique Sonko à la Primature, où il affirme avoir imposé aux partenaires étrangers des conditions plus favorables au Sénégal grâce à une posture de fermeté. Élu à la tête de l’Assemblée avec plus de 80 % des voix des députés, il présente cette majorité comme un mandat pour empêcher, selon ses termes, tout retour en arrière sur ces dossiers stratégiques.
Une rupture ouverte au sommet de l’État
L’épisode montre une dégradation des relations entre Sonko et l’exécutif qu’il a lui-même contribué à installer, quelques semaines seulement après avoir été remplacé à la tête du gouvernement. La nomination d’Al Amine Lô à la Primature avait pourtant été présentée comme une continuité de la ligne Pastef. Les tensions autour des ressources naturelles surviennent alors que plusieurs contrats hérités des gouvernements précédents avaient déjà été dénoncés par le pouvoir actuel comme désavantageux pour le pays.
La suite dépendra du dépôt effectif de la proposition de loi à l’Assemblée nationale, dont le calendrier précis n’a pas encore été communiqué, ainsi que des orientations que confirmera ou infirmera Al Amine Lô sur les dossiers gaziers et phosphatiers dans les prochaines semaines.
