Du Niger au Tchad, l'Algérie fait de l'énergie un outil de diplomatie africaine

Le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb s’est rendu au Tchad ce lundi 8 juin 2026 pour poser la première pierre d’une centrale électrique de 40 mégawatts dans la zone industrielle de Farcha, à N’Djamena. Ce déplacement, effectué sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, reproduit le modèle expérimenté cinq jours plus tôt au Niger.

Le 3 juin à Niamey, Sifi Ghrieb et son homologue nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine avaient mis en service la centrale électrique de solidarité algéro-nigérienne de Gorou Banda. Construite par la filiale Sonelgaz International, l’installation de 40 mégawatts a été livrée à titre de don en moins de trois mois, soit dix mois avant l’échéance contractuelle initiale. À l’issue de la cérémonie, le Premier ministre nigérien a élevé Sifi Ghrieb au grade de Commandeur de l’Ordre national du Mérite, au nom du président Abdourahamane Tiani.

Une stratégie bâtie sur plusieurs mois de rapprochement

La centrale nigérienne trouve son origine dans un cycle diplomatique entamé en février 2026, lorsque le général Tiani s’est rendu à Alger pour une visite d’État. Le mois suivant, les deux Premiers ministres avaient coprésidé à Niamey la deuxième session de la Grande Commission mixte algéro-nigérienne, qui a abouti à la signature d’une vingtaine d’accords. C’est à cette occasion que la première pierre de la centrale avait été posée. La vitesse d’exécution — soixante-dix jours — a été présentée par Sifi Ghrieb comme la preuve que la coopération bilatérale était « entrée dans une nouvelle phase, caractérisée par la célérité et la mise en œuvre concrète des engagements politiques ». Le projet tchadien reproduit ce schéma : un accord signé entre Alger et N’Djamena en mai 2026 a ouvert la voie à la construction d’une centrale de même capacité, également confiée à Sonelgaz International.

Le Mali en toile de fond d’un repositionnement algérien

Ces projets éclairent un processus de reconfiguration des équilibres sahéliens pour Alger. Le 25 janvier 2024, le gouvernement malien avait annoncé la fin avec effet immédiat de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015, dénonçant des « actes inamicaux » et une ingérence du médiateur algérien dans ses affaires intérieures. Bamako reprochait notamment à Alger des rencontres, aux plus hauts niveaux, avec des figures hostiles à la junte et avec certains mouvements signataires de l’accord ayant rejoint le camp des groupes armés.

La rupture s’est aggravée en avril 2025. Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, un drone militaire malien a été abattu par l’armée algérienne à proximité de la localité frontalière de Tin Zaouatine, exacerbant une méfiance déjà profondément installée entre les deux pays. L’Algérie a rappelé ses ambassadeurs au Mali et au Niger, puis annoncé la fermeture de son espace aérien à tous les vols en provenance ou à destination du Mali. Bamako a répliqué en fermant son ciel à l’Algérie. Le Niger, membre de l’Alliance des États du Sahel aux côtés du Mali et du Burkina Faso, avait alors rappelé son propre ambassadeur à Alger en signe de solidarité, avant de normaliser ses relations avec l’Algérie en février 2026.

Le retrait malien de l’Accord d’Alger avait été accompagné d’un rapprochement de Bamako avec d’autres puissances dans la région, notamment la Russie, la Turquie et la Chine, réduisant d’autant la marge de manœuvre diplomatique d’Alger au Sahel. Le Niger et le Tchad sont devenus des axes prioritaires de la stratégie africaine algérienne, fondée sur des réalisations énergétiques concrètes plutôt que sur des cadres de médiation politique.

Le ministre algérien de l’Énergie Mourad Adjal a indiqué que Sonelgaz International prépare des projets similaires en Côte d’Ivoire et au Mozambique, sans préciser de calendrier. La pose de la première pierre à N’Djamena constitue la prochaine étape formelle de ce déploiement.

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