HIMARS en France : Lockheed Martin s'invite dans la bataille face à Safran et Thales

Lockheed Martin a officiellement soumis une offre au ministère français des Armées pour fournir ses lance-roquettes M142 HIMARS en remplacement des Lance-Roquettes Unitaires (LRU) de l’armée de Terre. Selon Breaking Defense, le gouvernement américain a répondu début 2026 à une demande française de tarifs et de délais de livraison, avec une promesse de livraison dix-huit mois après la notification d’un contrat.

Un système qui a redéfini l’artillerie moderne

Le M142 HIMARS figure parmi les armes les plus décisives des conflits récents. Monté sur un camion léger de la famille FMTV, il peut emporter six roquettes guidées GMLRS ou un missile ATACMS, avec une portée atteignant 300 kilomètres pour les munitions de nouvelle génération. Sa capacité à frapper avec précision des dépôts de munitions, des nœuds logistiques et des postes de commandement à longue distance — avant de se repositionner rapidement pour échapper aux frappes de contre-batterie — lui a valu le surnom de « shoot and scoot ». Depuis son déploiement en Ukraine à partir de juin 2022, le HIMARS a démontré son efficacité opérationnelle dans un conflit de haute intensité, au point de devenir une référence pour les armées occidentales cherchant à moderniser leur artillerie sol-sol. La France examine le remplacement de ses treize LRU, dont plusieurs exemplaires ont été cédés à l’Ukraine. Le ministère des Armées a alloué environ 600 millions d’euros à cette acquisition.

Le levier calendaire, arme principale de Lockheed Martin

L’offre américaine repose sur un mécanisme précis : le programme de ventes militaires à l’étranger, dit FMS (Foreign Military Sales), qui permet à un gouvernement étranger d’acquérir directement des équipements en production pour l’armée américaine, sans passer par un cycle de développement industriel propre. C’est par cette voie que le Canada a commandé vingt-six HIMARS début 2026, avec des premières livraisons attendues dès cette année.

Pour Safran/MBDA et Thales/ArianeGroup, la contrainte est structurelle : leurs solutions respectives, bien qu’ayant achevé leurs phases d’essais, n’ont pas encore franchi le stade de l’industrialisation en série. Passer de la maquette validée à une livraison opérationnelle implique des délais incompressibles — outillage, chaîne de production, qualification finale — que le cadre FMS permet précisément de contourner en s’appuyant sur une ligne de fabrication déjà active à cadence soutenue. Lockheed Martin produit actuellement jusqu’à 96 HIMARS par an depuis l’investissement capacitaire annoncé en octobre 2022.

Le délai de dix-huit mois avancé par le constructeur américain constitue un argument difficilement réfutable sur le seul critère de la rapidité. La question de la file d’attente reste ouverte : Breaking Defense précise que l’offre ne permet pas d’établir avec certitude si la France bénéficierait d’une priorité devant les clients existants — Pologne, Australie ou Taiwan notamment.

Une décision avant l’été

Le choix du successeur du LRU doit être annoncé lors d’un comité ministériel d’investissement prévu avant l’été. Quatre critères ont été officiellement retenus : souveraineté industrielle, efficacité opérationnelle, délais de livraison et coût. La ministre des Armées a indiqué que les industriels français « savent qu’il est essentiel pour eux de répondre à l’ensemble de ces enjeux ».

Plusieurs parlementaires, dont le président de la commission des affaires étrangères du Sénat Cédric Perrin, ont exprimé leur opposition à un achat américain, au nom de l’autonomie stratégique et des restrictions d’emploi imposées par Washington sur ses équipements exportés. Le salon EuroSatory, qui se tient la semaine prochaine, pourrait servir de cadre à une annonce officielle.

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