La Chine punit de puissants groupes américains malgré la visite de Trump

Pékin a annoncé lundi 22 juin 2026 une nouvelle vague de sanctions visant plusieurs dizaines d’entreprises américaines actives dans les secteurs de la défense, de l’aéronautique et des terres rares. Cette riposte survient cinq semaines après la visite d’État du président Donald Trump en Chine, que Washington et Pékin avaient présentée comme un pas vers l’amélioration de leurs relations bilatérales.

À l’origine de cette décision se trouve une mesure du Pentagone rendue publique au début du mois de juin. Celle-ci a ciblé plusieurs grandes entreprises technologiques chinoises, notamment Alibaba, Baidu et BYD, sur une liste de sociétés considérées comme ayant des liens avec l’armée chinoise. Bien que cette classification n’entraîne pas de sanctions directes, elle empêche ces entreprises d’accéder aux marchés et contrats militaires américains. Baidu a contesté cette accusation, la jugeant « totalement infondée », d’après l’agence de presse officielle Xinhua.

Trois volets de représailles chinoises

La réponse chinoise s’articule autour de trois mesures principales. D’abord, le ministère des Finances a interdit aux administrations et aux collectivités locales chinoises d’acheter les produits de 46 entreprises américaines dans le cadre des marchés publics. Cette liste comprend notamment plusieurs filiales de Lockheed Martin, Raytheon Missiles & Defense, la division défense et sécurité de Boeing, des entités de General Dynamics ainsi que le constructeur aéronautique Sierra Nevada Corporation.

Parallèlement, le ministère du Commerce a ciblé dix entreprises américaines sur une liste restreignant l’exportation de biens dits « à double usage », pouvant servir à des fins civiles comme militaires. Parmi les sociétés concernées figurent des fabricants de drones militaires et des entreprises spécialisées dans l’exploitation des terres rares, dont USA Rare Earth. Pékin a également précisé que cette interdiction s’étend aux exportations transitant par des pays tiers, tandis que les entreprises chinoises estimant certaines livraisons indispensables devront solliciter une autorisation spécifique au cas par cas.

Un signal lancé avant la visite de Xi à Washington

Ces annonces contrastent avec l’atmosphère affichée lors du sommet Trump-Xi des 13 au 15 mai à Pékin — première visite d’un président américain en Chine depuis près de dix ans. Accompagné d’une délégation comprenant Jensen Huang (Nvidia), Elon Musk (Tesla) et Tim Cook (Apple), Trump a visité le Temple du Ciel, tenu une réunion bilatérale formelle avec Xi Jinping le 14 mai suivie d’un dîner d’État dans la Salle dorée du Grand Palais du Peuple, puis rencontré le président chinois au sein de Zhongnanhai — le compound de direction du Parti communiste, rarement ouvert aux chefs d’État étrangers — le lendemain.

À l’issue de ces trois jours, les deux dirigeants ont salué le «fantastique succès» d’une visite qualifiée d’«historique» par Xi Jinping : Trump a revendiqué une promesse de commande de 200 Boeing, des engagements d’achat de pétrole et de produits agricoles américains, ainsi qu’un engagement de Pékin à ne pas livrer d’armes à l’Iran — autant d’annonces que la partie chinoise n’a pas confirmées dans ses propres communiqués. Les experts de l’Institut français des relations internationales (IFRI) avaient alors averti que la trêve commerciale, reconduite lors du sommet de Busan en octobre 2025, «reste fragile», la compétition technologique entre les deux pays demeurant «une tendance structurelle sur le long terme».

Les mesures annoncées le 22 juin par Pékin renforcent cette lecture. Elles surviennent alors que Xi Jinping est attendu à Washington le 24 septembre 2026 pour une visite d’État à la Maison Blanche, une invitation lancée par Trump lors de son passage à Pékin. La portée concrète des sanctions chinoises et une éventuelle réponse américaine devraient peser sur la préparation de ce prochain sommet.

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