Lâchée par Bamako, l'Algérie consolide son axe Niamey - Nouakchott

Le rapprochement entre l’Algérie et le Mali s’est rompu en avril 2026, après le retrait par Bamako de sa reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique et l’abandon des accords d’Alger censés encadrer la paix dans le nord malien. Depuis cette rupture, le gouvernement algérien a multiplié les initiatives bilatérales avec le Niger et la Mauritanie, les deux autres pays frontaliers du Mali, dans les domaines de l’énergie, du travail et de la défense.

Le gazoduc transsaharien comme pivot avec Niamey

Le 4 juin 2026, les travaux du tronçon algérien du gazoduc transsaharien (TSGP) ont débuté dans l’extrême sud du pays, sous la supervision du ministre algérien de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, de son homologue nigérian, Ekperikpe Ekpo, et du ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini. L’infrastructure, longue de plus de 4 000 kilomètres, doit relier les gisements nigérians de Warri à Hassi R’Mel, dans le sud algérien, pour acheminer entre 20 et 30 milliards de mètres cubes de gaz par an vers les marchés européens.

Ce chantier prolonge un dégel diplomatique amorcé en février 2026, lorsque l’Algérie et le Niger ont procédé au retour simultané de leurs ambassadeurs après près d’un an de rupture consécutive au coup d’État de Niamey. Le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, s’était rendu à Alger les 15 et 16 février, où le président Abdelmadjid Tebboune avait annoncé le lancement imminent du projet de gazoduc sur le territoire nigérien, confiant son pilotage au groupe public Sonatrach.

La coopération bilatérale s’est élargie en mars, lors de la deuxième session de la Grande commission mixte algéro-nigérienne tenue à Niamey. Les premiers ministres Sifi Ghrieb et Ali Mahamane Lamine Zeine ont posé la première pierre d’une centrale électrique de 40 mégawatts à Goro Banda, en périphérie de la capitale nigérienne, fruit d’un partenariat entre l’entreprise algérienne Sonelgaz et la Société nigérienne d’électricité. Sa mise en service est annoncée pour la fin du mois de juin 2026.

Un volet social pour structurer la coopération avec le Niger

Le rapprochement entre Alger et Niamey s’étend désormais au domaine du travail. Le 24 juin 2026, la ministre nigérienne de la Fonction publique, du Travail et de l’Emploi, Aissatou Abdoulaye Tondi, a été reçue à Alger par le ministre algérien du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Abdelhak Saihi, dans le cadre du suivi des conclusions de la commission mixte de mars. Les deux parties ont examiné les perspectives de coopération en matière d’emploi et de sécurité sociale, ainsi que les moyens de renforcer le partenariat entre leurs institutions spécialisées.

La ministre nigérienne a exprimé l’intérêt de son pays pour l’expertise algérienne en inspection du travail, développement des ressources humaines et mécanismes de contrôle des politiques sociales. Les deux gouvernements ont réaffirmé leur volonté de mettre en place des programmes conjoints de formation et de poursuivre la coordination autour d’un projet d’accord relatif à l’emploi et à la mobilité de la main-d’œuvre, présenté comme un instrument de renforcement de la coopération bilatérale.

Mauritanie : des accords de défense en appui à la sécurité frontalière

Avec la Mauritanie, l’axe privilégié par Alger reste sécuritaire. Le 16 avril 2025, le ministre mauritanien de la Défense, Hanena Ould Sidi, et le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire algérienne, le général Saïd Chengriha, avaient signé deux accords portant sur la coopération militaire et la protection des informations classifiées, destinés à renforcer la coordination en matière de renseignement et de sécurité des frontières. Ces engagements s’accompagnent de projets d’infrastructure communs, dont une route transfrontalière reliant Tindouf à Zouérat et un poste-frontière modernisé.

Ce resserrement intervient alors que les relations entre Bamako et Nouakchott se sont elles-mêmes détériorées. En mars 2026, l’état-major des forces armées maliennes avait affirmé que deux militaires capturés par des groupes djihadistes s’étaient échappés d’un camp de réfugiés situé en territoire mauritanien, une version que les autorités mauritaniennes avaient catégoriquement rejetée, dénonçant une atteinte à leur souveraineté.

Une rupture malienne consommée par les attaques du 25 avril

La dégradation des relations algéro-maliennes a culminé avec l’offensive coordonnée du 25 avril 2026, menée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et le Front de libération de l’Azawad contre plusieurs villes maliennes, dont Bamako, Gao et Kidal. Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a été tué dans cette attaque. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a réaffirmé le soutien de son pays à l’intégrité territoriale du Mali tout en appelant au renforcement de la cohésion nationale malienne, lors d’une conférence de presse tenue à Alger le 27 avril : « cela ne peut être justifié ou toléré quelles qu’en soient les motivations. »

La troisième session de la Grande commission mixte algéro-nigérienne est prévue en Algérie en 2027, selon le communiqué conjoint publié à l’issue de la rencontre de Niamey. La mise en service de la centrale électrique de Goro Banda, attendue avant la fin du mois de juin 2026, constituera la prochaine échéance concrète de ce partenariat renouvelé.

Laisser un commentaire