Meurtre au Canada : la Guinée ouvre une enquête contre Rafiou Sow dans l'affaire Wrathmall

Le parquet général près la Cour d’appel de Conakry a annoncé, le 17 juin 2026, l’ouverture d’une enquête judiciaire visant Rafiou Sow, un ressortissant guinéen installé dans la capitale, dans le cadre du meurtre non résolu de la Canadienne Rachelle Wrathmall, survenu à Sherbrooke en 2007. Cette décision fait suite à une dénonciation formelle transmise aux autorités judiciaires guinéennes.

Rachelle Wrathmall, âgée de 31 ans, avait été retrouvée poignardée à son domicile de Lennoxville, un quartier de Sherbrooke, le 29 juin 2007. La Sûreté du Québec considère depuis cette date que le principal suspect est son mari de l’époque, alors connu sous le nom de Raphiou Oumar Alpha Sow. Selon les éléments rassemblés par les enquêteurs québécois, l’homme aurait quitté le territoire canadien le soir même du crime pour rejoindre l’Afrique, sans jamais y revenir.

Une traque relancée par le journalisme

L’affaire était restée dans l’ombre pendant près de deux décennies, à l’exception d’un épisode en 2014 : des proches de la victime avaient alors repéré, sur les réseaux sociaux, un homme engagé en politique en Guinée et identifié comme l’ancien conjoint de Rachelle Wrathmall. Contacté à l’époque par un journaliste de TVA Sherbrooke, Rafiou Sow avait nié connaître la ville de Sherbrooke et la victime, avant que des médias guinéens ne rapportent qu’il avait fini par reconnaître ce lien conjugal.

Le dossier a connu un rebond déterminant en juin 2026, lorsque la journaliste Isabelle Hachey, du quotidien La Presse, s’est rendue à Conakry pour retrouver Rafiou Sow, devenu depuis le leader d’un petit parti d’opposition proche de l’Union des forces démocratiques en Guinée (UFDG). Confronté lors d’un entretien filmé à son passé canadien et à sa demande d’asile déposée au début des années 2000, il aurait à nouveau contesté tout lien avec la victime. La vidéo de cette interview est devenue virale en Afrique de l’Ouest, suscitant une vague d’indignation qui a précédé l’ouverture de la procédure judiciaire guinéenne.

Une procédure encadrée par la présomption d’innocence

Dans son communiqué, le parquet général de Conakry précise avoir saisi la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) afin de vérifier les éléments transmis par la dénonciation. L’institution rappelle que Rafiou Sow n’est à ce stade que mis en cause, et non condamné, et qu’il bénéficie pleinement de la présomption d’innocence garantie par la Constitution guinéenne et les conventions internationales ratifiées par le pays.

Côté canadien, aucune accusation de meurtre n’a jamais été déposée publiquement contre lui. Les autorités l’ont jusqu’ici présenté comme un témoin important de l’enquête, faute d’avoir pu l’interroger officiellement depuis son installation en Guinée. La voiture de Rachelle Wrathmall avait été localisée près de l’aéroport de Montréal dans les heures ayant suivi la découverte du corps, un élément qui demeure central dans le dossier policier québécois.

L’absence de tout contact entre Rafiou Sow et la famille de la victime depuis 2007 continue d’alimenter les interrogations de l’entourage de Rachelle Wrathmall. Une proche de la famille, Paraskévi Mazarakiotis, citée par La Tribune, s’est ainsi étonnée qu’il n’ait jamais cherché à joindre qui que ce soit après la mort de son épouse.

Vers une possible coopération judiciaire

L’ouverture de cette enquête en Guinée pourrait, selon les conclusions qui seront rendues, déboucher sur une mise en accusation pour meurtre sur le sol guinéen, alors même que les faits reprochés se seraient produits au Canada. Une telle issue dépendrait notamment d’une éventuelle demande de coopération judiciaire formulée par les autorités québécoises auprès de Conakry, dont aucune n’a été annoncée publiquement à ce jour. Le parquet général guinéen n’a pas communiqué de calendrier précis pour la suite des investigations confiées à la DCPJ.

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