Le président gabonais Brice Oligui Nguema, a appelé mercredi 3 juin 2026 à adopter une approche inclusive envers les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), lors d’une intervention sur France 24. Sans condamner le choix de ces États de s’éloigner des institutions régionales, il a plaidé pour un accompagnement respectueux de leur souveraineté.
Des États souverains à ne pas contraindre
Le chef de l’État gabonais a été explicite : les pays de l’AES — le Mali, le Burkina Faso et le Niger — ne doivent pas se voir dicter leur trajectoire politique. « On ne peut pas imposer à un chef d’État qu’il soit en transition ou pas, il reste un chef d’État de son pays », a-t-il déclaré. « Ne leur imposez rien. Trouvons des modèles. Comment les accompagner dans l’apaisement sans pourtant les frustrer, sans pourtant les prendre d’en haut, les regarder d’en bas. Non, ça ne marche plus. »
Ces trois pays ont engagé depuis 2020 une rupture avec leurs anciens partenaires occidentaux. Arrivées au pouvoir par des coups d’État successifs, ils ont expulsé les forces militaires françaises, dénoncé plusieurs accords de défense, quitté la CEDEAO en janvier 2025 puis l’Organisation internationale de la Francophonie en mars 2025, tout en se tournant vers la Russie — notamment via le groupe Wagner/Africa Corps, déployé au Mali — ainsi que vers la Turquie et l’Iran. En juillet 2024, les trois pays ont formalisé leur rapprochement en signant un traité de confédération à Niamey. C’est dans ce cadre qu’Oligui Nguema a choisi de ne pas stigmatiser ce virage, mais d’en appeler à une médiation africaine.
Le modèle électoral comme boussole
Sur la question des élections, le président gabonais a été direct : « Si on dit que la paix va avec les élections, alors il faut aller aux élections. Si on dit que les libertés vont avec les élections, il faut faire des élections. Si on dit que la stabilité rime avec les élections, c’est qu’il faut faire des élections. »
Il a souligné plusieurs exemples de transitions militaires ayant débouché sur un processus électoral, à commencer par le Gabon lui-même. Il a cité la Guinée du président Mamadi Doumbouya, ainsi que la Guinée-Bissau, dont le chef de l’État aurait fixé un cap électoral à un an. Concernant Madagascar, dont le responsable de la transition doit être reçu à Libreville dans les prochains jours, Oligui Nguema a indiqué : « Il a déjà une volonté lui aussi d’aller aux élections. Ils ont fixé le cap pour deux ans comme nous l’avons fait et ils tiennent aussi à respecter leur date. »
Sur le plan économique, il a dénoncé le coût humain des dépenses militaires : « On ne peut pas aujourd’hui profiter de nos économies quand on met tout sur les frais des guerres, ça n’arrange personne. Les populations ont besoin des universités, de routes, de l’eau, de l’électricité. »
L’appel à une solution interne
Oligui Nguema a enfin appelé à laisser l’Union africaine conduire le dialogue avec les pays de l’AES. « Ce sont des problèmes africains et on trouvera des solutions africaines », a-t-il conclu, ajoutant : « Il faut les accompagner. Ce que nous pouvons faire, c’est de donner des conseils. » La visite du chef de la transition malgache à Libreville, annoncée pour les prochains jours, sera la première occasion concrète de vérifier la portée de cette diplomatie de la transition.
