Le président de la République de Guinée, Mamadi Doumbouya, a annoncé l’interdiction définitive de l’exportation de l’or brut lors d’une rencontre tenue vendredi 19 juin 2026 à Conakry avec les acteurs de la filière aurifère. Devant les représentants des sociétés minières industrielles, semi-industrielles et artisanales, ainsi que les responsables des comptoirs d’achat d’or, le chef de l’État a fixé une nouvelle règle : tout l’or extrait du sous-sol guinéen devra désormais être raffiné sur le territoire national avant toute exportation.
Une mesure assortie de sanctions
Le président guinéen a prévenu que les opérateurs qui continueraient d’exporter de l’or à l’état brut s’exposeraient à des sanctions graduées. Selon les propos rapportés par la présidence guinéenne, « les agréments pourront être suspendus, les conventions minières remises en cause », les contrevenants devant en outre répondre de leurs actes devant la justice guinéenne. Le chef de l’État a précisé qu’aucune exception ne serait tolérée, tout en réaffirmant son ouverture aux investissements étrangers respectueux de la réglementation nationale.
La transformation locale doit s’appuyer sur la Nimba Gold Refinery, implantée à Gbessia, dans la commune du même nom. Cette infrastructure afficherait une capacité de traitement de 2 000 kilogrammes d’or par jour, extensible à 4 000 kilogrammes en fonctionnement continu, soit une production mensuelle théorique avoisinant les 520 tonnes. La présidence guinéenne présente cette réforme comme une étape du programme Simandou 2040, qui vise à transformer localement les ressources minières du pays plutôt que de les exporter sans valeur ajoutée.
Le Burkina Faso, précurseur régional dès 2023
La décision guinéenne intervient après deux précédents pris par des pays voisins membres de l’Alliance des États du Sahel. Le Burkina Faso a été le premier à agir : en novembre 2023, le président de la transition, le capitaine Ibrahim Traoré, a posé la première pierre de la première raffinerie nationale d’or du pays, un site de cinq hectares à Ouagadougou conçu avec une capacité annuelle de 150 tonnes. En février 2024, le ministère de l’Énergie et des Mines burkinabè a suspendu les autorisations d’exportation d’or issu de la production artisanale et semi-mécanisée, une mesure destinée à mieux encadrer la commercialisation du métal. La société chargée du projet, Marena Raffinerie d’Or, a été créée en mars 2024 sous forme d’économie mixte, détenue à 51 % par l’État burkinabè et à 49 % par le partenaire malien Marena Gold.
Au Mali, troisième producteur d’or du continent, la réforme a pris une autre forme. Le nouveau Code minier adopté en 2023 impose aux sociétés minières de transformer une partie de leur production sur le territoire national. En mai 2025, le Conseil des ministres malien a adopté un projet de loi autorisant la participation de l’État au capital de la Société de Raffinerie d’Or du Mali, projet dont la capacité de traitement annoncée atteindrait 200 tonnes par an. Contrairement au Burkina Faso et à la Guinée, le Mali n’a pas formellement interdit l’exportation d’or brut : sa réforme repose sur une montée en participation étatique et une obligation progressive de transformation locale, dans un contexte de tensions ouvertes avec le groupe canadien Barrick Gold, dont les exportations ont été bloquées par les autorités maliennes depuis novembre 2024.
Des mécanismes juridiques distincts
Les trois pays partagent un objectif commun de souveraineté économique sur leurs ressources aurifères, mais les instruments diffèrent. La Guinée a opté pour une interdiction totale et immédiate assortie de sanctions pénales, tandis que le Burkina Faso a procédé par étapes, en ciblant d’abord la production artisanale avant la mise en service de sa raffinerie. Le Mali, de son côté, mise sur la participation capitalistique de l’État plutôt que sur une interdiction formelle d’exporter.
La Guinée, premier exportateur mondial de bauxite, devra préciser le calendrier d’entrée en vigueur de cette interdiction et les modalités de contrôle applicables aux comptoirs d’achat d’or, dont les responsables ont assisté à l’annonce du 19 juin sans que la présidence n’ait communiqué de texte réglementaire à ce stade.



