Le port de Lomé s’est imposé comme la plaque tournante régionale du carburant ouest-africain issu de la raffinerie Dangote. Lors d’un webinaire organisé le 19 juin par la Major Energy Marketers Association of Nigeria (MEMAN) sur la tarification des carburants et les flux commerciaux en Afrique de l’Ouest, Matthew Tracey-Cook, responsable de l’analyse des marchés à S&P Global Commodity Insights, a révélé que les distributeurs nigérians recourent massivement au hub offshore togolais pour acheminer les produits raffinés à destination de l’ensemble de la sous-région.
Depuis son entrée en production commerciale en septembre 2024, la raffinerie du milliardaire nigérian Aliko Dangote a profondément reconfiguré l’approvisionnement énergétique de l’Afrique de l’Ouest. Capable de traiter jusqu’à 650 000 barils par jour, l’installation de Lagos a réduit de 39 % les importations nigérianes de produits raffinés à la mi-2025, selon les données de CAS citées par BIMCO. Sur le marché du carburant d’aviation, ses exportations ont progressé de 770 % entre avril 2024 et avril 2026, d’après l’entreprise d’analyse des flux maritimes Kpler. La raffinerie alimente désormais non seulement le marché nigérian, mais distribue ses produits vers la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Ghana et d’autres pays de la région — faisant du carburant nigérian une référence incontournable pour des économies longtemps dépendantes des importations européennes.
Lomé, point de redistribution pour toute la sous-région
Le mécanisme décrit par Tracey-Cook repose sur la géographie portuaire de la région. Le hub offshore de Lomé accueille des grands pétroliers qui ne peuvent accoster dans les ports d’Afrique de l’Ouest, dont les capacités d’amarrage sont limitées. Les cargaisons y sont transbordées sur des navires de plus petite taille, puis redistribuées vers leurs destinations finales. Entre les deux opérations, les produits peuvent être achetés, vendus, stockés ou mélangés en mer.
Tracey-Cook a précisé que, entre mars et mai 2026, « bien plus de 70 à 80 % » du carburant importé par mer au Nigeria provenait de la raffinerie Dangote, acheminé via Lomé avant d’être réintroduit dans le pays. Il a désigné le hub togolais et le marché FOB Dangote comme « les deux plus grands et les plus importants pôles régionaux d’approvisionnement de la région dans son ensemble ».
Un équilibre commercial encore en construction
Ce circuit ne va pas sans paradoxes. La production d’une raffinerie nigériane transite par un territoire étranger avant d’alimenter le Nigeria lui-même, ce qui interroge sur la maîtrise nationale des circuits de distribution. Les données présentées lors du webinaire MEMAN ont montré que Lomé a traité des volumes nettement supérieurs à la normale durant une partie de la fin 2025, signe que le hub togolais absorbe une part croissante des flux liés à la montée en puissance de Dangote.
Selon les analystes de BIMCO, les projets d’expansion de la raffinerie devraient renforcer cette dynamique, en augmentant le volume des exportations nigérianes et en réduisant encore davantage le recours aux plateformes de stockage extérieures au pays. Le Togo, dont l’activité portuaire offshore était jusqu’ici très liée aux volumes destinés au marché nigérian, pourrait voir sa position évoluer à mesure que les infrastructures de distribution internes au Nigeria se développent.
Aliko Dangote a par ailleurs annoncé un projet de raffinerie à Tanga, en Tanzanie, visant à doter l’Afrique de l’Est d’une capacité de raffinage dont elle est aujourd’hui totalement dépourvue. La concrétisation de ce projet dépend de l’engagement financier des gouvernements de la région.



