Le président de l’Assemblée nationale sénégalaise, Ousmane Sonko, a déclaré lundi 15 juin à Dakar que la question d’une éventuelle exclusion du chef de l’État Bassirou Diomaye Faye du Pastef serait tranchée par les instances du parti « le moment venu ». Ces déclarations ont été faites lors d’un entretien accordé conjointement à France 24 et RFI.
Interrogé sur la possibilité d’exclure Faye du parti qu’il préside, Sonko a refusé de se placer sur le terrain de la « trahison », qu’il qualifie de notion « relevant beaucoup plus de la morale et de l’affectif ». Il a préféré pointer des manquements politiques : « Les engagements que nous avons pris vis-à-vis du peuple sénégalais, pour la plupart, ne sont pas respectés. Il n’y a pas de volonté de les respecter. » Sur la procédure d’exclusion, il a été explicite : « Le parti Pastef est très structuré, très organisé. Il a des textes, et ces textes sont très clairs sur les procédures à suivre pour pouvoir parler de l’exclusion ou pas de quelqu’un. » Il a également tenu à préciser que la décision ne lui appartiendrait pas personnellement : « Le parti, c’est pas Ousmane Sonko. Ce sont les instances qui apprécieront le moment venu. »
Une rupture institutionnalisée après des mois de friction
La sortie de Sonko intervient trois semaines après son limogeage du poste de Premier ministre par Faye, le 22 mai 2026, accompagné de la dissolution du gouvernement. La rupture entre les deux hommes, autrefois inséparables sous le slogan de campagne « Diomaye c’est Sonko, Sonko c’est Diomaye », avait été alimentée par des désaccords profonds : Faye reprochait à Sonko une personnalisation excessive du parti, tandis que Sonko accusait le président de ne pas avoir respecté les engagements programmatiques défendus pendant dix ans d’opposition. Le Pastef avait ensuite annoncé boycotter le nouveau gouvernement formé début juin, déclarant n’y être « représenté par aucun ministre ».
Sonko ancré à l’Assemblée, Faye isolé au palais
Depuis le 26 mai 2026, Sonko occupe la présidence de l’Assemblée nationale, où le Pastef détient la majorité. Cette position lui confère un levier institutionnel direct : les députés peuvent censurer le gouvernement lors de la présentation de son programme, forçant potentiellement Faye à reformer un exécutif ou à dissoudre l’Assemblée — option qui ne lui sera constitutionnellement ouverte qu’à partir de novembre 2026, soit deux ans après l’installation de la chambre. Le 6 juin, Sonko avait par ailleurs été réélu sans opposition à la tête du Pastef lors du congrès du parti. La prochaine échéance décisive sera la présentation du programme du gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lo devant l’Assemblée nationale, dont la date n’a pas encore été fixée.



