Aucune lutte de pouvoir ne se joue à Dakar, affirme Ousmane Sonko. Le président de l’Assemblée nationale sénégalaise a balayé dimanche 12 juillet 2026, dans un entretien accordé à Al Jazeera, les spéculations sur une rupture avec le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye. Il a rejeté catégoriquement l’idée d’une remise en cause de l’autorité présidentielle et décrit un fonctionnement institutionnel parfaitement ordinaire.
Interrogé sur qui gouverne réellement le pays, le président du Parlement a détaillé une répartition classique des rôles : « le président détermine la politique de la nation et la fait exécuter par le gouvernement. L’Assemblée nationale contrôle la mise en œuvre de ces politiques et les évalue », a-t-il déclaré, précisant que sur le plan juridique, « le président prend des décrets tandis que l’Assemblée nationale vote les lois ».
Un dossier judiciaire tranché quelques jours plus tôt
Cette sortie médiatique intervient trois jours après une décision du Conseil constitutionnel sénégalais qui a rebattu les rapports de force au sommet de l’État. Le 9 juillet, la haute juridiction a annulé, par sa décision n°6/C/2026, la loi n°18/2026 portant révision de la Constitution, votée le 29 juin par l’Assemblée nationale à une très large majorité de députés Pastef. Le texte, porté par la majorité parlementaire proche de Sonko, réécrivait le préambule de la Loi fondamentale et modifiait une trentaine d’articles, dont une disposition interdisant à un président en exercice de diriger un parti politique — une mesure qui visait directement Faye.
Le chef de l’État avait lui-même saisi le Conseil constitutionnel le 6 juillet, par l’intermédiaire de son avocat Cheikh Ahmadou Ndiaye, pour contester la procédure d’adoption du texte. Les juges lui ont donné raison en retenant deux vices de forme : la création de charges publiques nouvelles — via un organe unique de gestion des élections et la future Cour constitutionnelle — sans ressources compensatrices prévues, et le non-respect de la procédure du « vote bloqué » réclamée par le gouvernement. Cette censure a mis un coup d’arrêt, au moins provisoire, à un chantier institutionnel que Sonko portait au sein du Pastef.
Une tension publique niée
Dans cette situation de fractures affichées — entre un exécutif privé de majorité à l’hémicycle et un Parlement dominé par l’ancien Premier ministre de Faye — Sonko a choisi de couper court aux interprétations médiatiques. « Vous ne devriez pas utiliser le mot crise car il n’y en a pas et il n’y en aura pas », a-t-il lancé, écartant tout emploi du terme pour qualifier la situation du pays.
Le président de l’Assemblée nationale a attribué les tensions perçues à deux sources distinctes : « un petit groupe politique au Sénégal qui a perdu presque tout son élan politique », épaulé selon lui par une frange réduite de la société civile, et certains médias internationaux qu’il accuse de vouloir dépeindre la situation comme une crise. Il a conclu sans détour : « Il n’y a pas de crise au Sénégal et il n’y en aura pas ».
Cette prise de position tranche avec le ton employé par Sonko au lendemain immédiat de la décision du Conseil constitutionnel, lorsqu’il avait affirmé sur les réseaux sociaux que la décision « s’impose à tous » tout en promettant que l’Assemblée continuerait d’exercer pleinement ses prérogatives. Le Pastef, qui n’avait pas réagi officiellement dans les jours suivant l’annulation, doit désormais se positionner sur une éventuelle reprise de la procédure de révision constitutionnelle, laquelle devra repartir de zéro si les députés souhaitent relancer le texte dans le respect des exigences fixées par les juges constitutionnels.
