Une cérémonie de pose de première pierre a déjà une date, mais aucun accord de financement n’est signé et aucune goutte de brut n’est encore assurée : c’est la situation du projet à 17 milliards de dollars confirmé par Dangote Industries à Lamu, sur la côte nord du Kenya. Le président kényan William Ruto l’a annoncé depuis la State House de Nairobi, lors de la signature de la loi sur le Fonds souverain, selon le média kényan Daily Nation.
Une décision présentée comme acquise, une date de chantier encore secrète
« Nous avons fixé une date pour la cérémonie de pose de première pierre. Nous prenons les mesures pour faire du Kenya une nation de premier rang », a déclaré Ruto, sans dévoiler le calendrier précis. Le chef de l’État a chargé son vice-président, Kithure Kindiki, de diriger une équipe mêlant représentants gouvernementaux et secteur privé pour préparer les investissements liés à la future raffinerie est-africaine, qui doit traiter 700 000 barils de brut par jour.
Edwin Devakumar, vice-président pétrole et gaz de Dangote Industries, a confirmé l’avancée technique du dossier : « Le site a été sélectionné, les tests de sol sont en cours et les travaux de conception et d’ingénierie ont commencé. » Il a précisé que le financement reposerait sur un montage combinant trésorerie interne, émissions obligataires et produit d’une introduction en bourse à venir, sans dévoiler le coût exact du projet — seulement qu’il serait comparable à celui de la raffinerie de Lagos, entrée en service en 2024 pour plus de 20 milliards de dollars, contre une estimation initiale de 9 milliards formulée en 2013.
La loi sur le Fonds souverain promulguée ce même jour crée trois compartiments destinés à recevoir les revenus miniers et pétroliers du pays : un fonds de stabilisation, un fonds d’investissement dans les infrastructures stratégiques et un fonds pour les générations futures, une structure censée encadrer les retombées financières de projets comme celui de Lamu.
L’approvisionnement en brut, obstacle qui n’a pas de solution immédiate
Le Kenya ne produit aujourd’hui aucun pétrole à l’échelle commerciale. Les gisements du bassin de Turkana n’entreront en production qu’en faible quantité d’ici la fin de l’année. Les options régionales restent limitées : la République démocratique du Congo extrait environ 20 000 barils par jour, mais sur sa façade atlantique, à près de 3 000 kilomètres de Lamu. Le Soudan du Sud revendique 174 000 barils par jour selon Juba, mais l’oléoduc de 1 500 kilomètres censé relier ses champs pétroliers au port kényan reste bloqué depuis plus d’une décennie en raison de l’insécurité persistante dans le pays, pour un coût estimé à 1,5 milliard de dollars.
Reste le pétrole ougandais du lac Albert, exploité principalement par TotalEnergies, dont l’acheminement dépendrait de l’oléoduc Eacop reliant l’Ouganda à la Tanzanie, un projet dont la mise en service n’est pas attendue avant 2027 et dont la capacité maximale de 246 000 barils par jour devrait déjà être amputée de 60 000 barils réservés à une mini-raffinerie ougandaise non encore construite.
Combinée à la raffinerie nigériane de Lekki, dont la capacité doit passer à 1,4 million de barils par jour d’ici 2028, l’installation de Lamu porterait la capacité totale du groupe à 2,1 millions de barils par jour à l’échelle du continent. Le calendrier de la cérémonie d’inauguration du chantier, promis par Ruto pour cette année, reste désormais le prochain jalon officiel à confirmer.
