Un témoignage inédit est venu rebattre les cartes du procès sur la disparition de Pierre Urbain Dangnivo. Entendu ce vendredi 3 juillet 2026 devant le Tribunal de première instance de Cotonou, à la demande de la défense, l’ancien directeur général de la Police nationale, Louis Philippe Houndégnon, a déclaré qu’un de ses informateurs lui avait désigné Akon Isidore comme l’auteur présumé du meurtre de l’ex-cadre du ministère des Finances.
L’ancien responsable policier a également évoqué des obstacles qui auraient empêché l’exploitation complète de cette piste. Cette audition intervient dans le cadre de la reprise du procès consacré à la disparition de Pierre Urbain Dangnivo, survenue en août 2010, une affaire qui continue de susciter de nombreuses interrogations plus de quinze ans après les faits.
Un informateur à l’origine d’une nouvelle piste
À la barre, Louis Philippe Houndégnon a expliqué être intervenu dans ce dossier après avoir reçu des renseignements de Bernardin Aguia, présenté comme l’un de ses informateurs. Selon son témoignage, ce dernier lui aurait affirmé qu’Akon Isidore était impliqué dans la mort de Pierre Urbain Dangnivo.
L’ancien directeur général de la Police a précisé qu’il accordait du crédit à cette source en raison d’informations fournies par le passé dans une autre enquête criminelle. Il a indiqué que les investigations avaient ensuite été orientées vers Guidime Célestin, avant d’être interrompues.
Selon le témoin, ces éléments ont été transmis à sa hiérarchie. Il a toutefois affirmé qu’ils n’avaient pas été communiqués à l’Office central de répression de la cybercriminalité et de la police judiciaire, estimant que la procédure avait connu un arrêt prématuré.
Interrogé sur les circonstances du crime présumé, Louis Philippe Houndégnon a expliqué que son informateur ne lui avait pas fourni davantage de détails à ce stade de l’enquête. « La difficulté que nous avons avec les informateurs professionnels comme Aguia, c’est qu’ils ne disent pas les circonstances avant que le coupable soit aux arrêts », a-t-il déclaré devant le tribunal.
Des « blocages » évoqués devant le tribunal
Questionné par le ministère public sur le mobile présumé du meurtre, l’ancien patron de la Police nationale a indiqué que, selon les informations qui lui avaient été rapportées, Pierre Urbain Dangnivo aurait été tué après avoir opposé une résistance.
Son audition a surtout été marquée par ses déclarations sur les difficultés rencontrées dans le traitement du dossier. Louis Philippe Houndégnon a affirmé que des blocages avaient empêché les enquêteurs d’aller au bout de cette piste.
Selon lui, deux collaborateurs ayant travaillé sur ces investigations sont aujourd’hui décédés. Il a ajouté qu’une troisième personne, toujours en vie, pourrait apporter des éléments permettant de retrouver Akon Isidore. L’ancien responsable policier a demandé à communiquer l’identité de cette personne au tribunal à huis clos.
Les autres témoins également entendus
Après cette déposition, Alofa a comparu devant la juridiction. Interrogé sur Akon Isidore, il a déclaré avoir fait sa connaissance en prison, où celui-ci exerçait les fonctions de « cabiniste ». Il a également affirmé l’avoir revu plus tard à Womey en compagnie d’un homme identifié sous le prénom de Polo, avant sa propre arrestation. À son tour, Amoussou Donation a indiqué n’avoir entendu parler d’Akon Isidore qu’au cours de l’instruction de cette affaire.
La disparition de Pierre Urbain Dangnivo, ancien cadre du ministère des Finances, demeure l’un des dossiers judiciaires les plus suivis au Bénin depuis sa disparition en août 2010. Les déclarations de Louis Philippe Houndégnon introduisent une nouvelle version des faits dans les débats. L’audience se poursuivait ce vendredi au Tribunal de première instance de Cotonou, où les juges devraient continuer l’examen des témoignages et des éléments versés au dossier avant de déterminer les suites de la procédure.