Après l'Afrique, la Russie recrute en Amérique latine des jeunes femmes pour assembler des drones

Des jeunes femmes originaires de Colombie et d’autres pays d’Amérique latine rejoignent depuis 2025 la zone économique spéciale d’Alabuga, au Tatarstan, pour y assembler des drones de combat. Le programme, baptisé Alabuga Start, promettait initialement des formations et des salaires attractifs, selon une enquête de la Foundation for Defense of Democracies publiée en janvier.

Un recrutement rodé sur le continent africain

Ce dispositif n’est pas nouveau. Il a d’abord ciblé, dès 2023, des jeunes femmes d’Ouganda, du Kenya, du Rwanda ou du Nigeria, âgées de 18 à 22 ans, via une campagne massive sur les réseaux sociaux. D’après des documents cités par Euronews, la main-d’œuvre du site est passée de moins de 900 personnes en 2023 à plus de 2 600 prévues en 2025. Des ministères de l’Éducation, notamment au Nigeria et en Ouganda, ont eux-mêmes relayé les offres, sans mesurer la finalité réelle du programme.

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Le schéma appliqué en Afrique reposait sur un même argumentaire : billets d’avion offerts, hébergement, cours de russe et promesse d’un parcours professionnel dans l’hôtellerie ou la restauration. La Foundation for Defense of Democracies indique que la même méthode de recrutement serait désormais employée pour attirer les candidates latino-américaines, sans préciser à ce stade le nombre exact de femmes concernées sur ce continent. Selon le renseignement extérieur ukrainien, les participantes ne sont pas informées qu’elles fabriqueront des drones de combat utilisés contre l’Ukraine.

Des drones Shahed produits en série à Alabuga

Le site fabrique le Geran-2, version russe du drone iranien Shahed-136, utilisé lors de frappes nocturnes contre l’Ukraine. Des images satellite prises en juillet 2025 montrent l’agrandissement des ateliers et la construction de nouveaux dortoirs, capables d’accueillir jusqu’à 41 000 personnes selon les mêmes sources.

Le réseau de recrutement s’appuie en partie sur les structures des BRICS : la branche locale du BRICS Women’s Business Alliance a signé un accord visant à recruter 5 600 employés pour Alabuga, tandis que des influenceurs sur TikTok et Instagram ont fait la promotion du programme. En 2024, des participantes venaient de 44 pays ; l’objectif pour 2025 est fixé à 77 pays.

Une enquête ouverte pour traite d’êtres humains

Interpol a lancé une enquête au Botswana sur des soupçons de traite d’êtres humains liés à Alabuga Start, selon Bloomberg. En Afrique du Sud, le gouvernement a également ouvert une enquête et mis en garde ses ressortissants après la diffusion de témoignages de jeunes femmes trompées sur la nature réelle du travail proposé.

Selon l’Institute for Science and International Security, jusqu’à 90 % des recrues étrangères d’Alabuga Start finissent affectées à la chaîne de production de drones, souvent sur les tâches ne nécessitant aucune qualification préalable. Le site a déjà été visé par au moins trois frappes ukrainiennes depuis avril 2024, dont l’une a touché un dortoir logeant des travailleuses recrutées par le programme.

La Russie et l’Iran avaient signé en 2022 un contrat de 1,7 milliard de dollars pour la fourniture de ces drones. Cette collaboration industrielle aurait ensuite conduit à installer une partie de la production directement sur le sol russe, à Alabuga, ce qui pourrait expliquer le besoin croissant de main-d’œuvre étrangère observé depuis.

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