Sept méga-usines d’intelligence artificielle seront construites sur le sol européen d’ici 2028. La Commission européenne a ouvert le 30 juillet un appel d’offres doté de 10 milliards d’euros pour les financer, avec l’objectif d’attirer 20 milliards d’euros supplémentaires du secteur privé.
Le projet, porté par Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive, répond à un constat d’urgence partagé par 18 États membres, dont la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, qui cofinancent l’opération aux côtés de Bruxelles. Le nombre de sites prévus est passé de cinq à sept ces derniers mois, la Commission ayant reçu, selon elle, un intérêt jugé fort de la part des candidats.
Un financement à deux vitesses
Chaque pays participant apporte une contribution équivalente à celle de l’Union, ce qui explique le montant public total avoisinant 10 milliards d’euros. Sur les sept sites, quatre recevront 500 millions d’euros de fonds européens ; les trois autres, présentés comme plus puissants, bénéficieront d’un milliard d’euros chacun. La sélection des lauréats est attendue début 2027, pour un démarrage des chantiers espéré au premier trimestre de cette même année et une mise en service dès 2028.
Ces installations pourront être bâties dans un seul État membre ou prendre la forme de projets transfrontaliers, avec l’appui de l’entreprise commune EuroHPC. Chaque gigafactory devrait rassembler au moins 100 000 puces d’IA de dernière génération, pour une puissance de calcul environ quatre fois supérieure à celle des centres de données actuellement en service dans l’Union.
Une dépendance énergétique et industrielle pour l’Europe
L’électricité coûte deux à trois fois plus cher dans l’Union qu’aux États-Unis et en Chine, un handicap relevé dans un rapport transmis au Parlement européen en juin. Ce même document soulignait que le continent ne fabrique qu’une faible part des composants nécessaires aux centres de données. Ce constat rejoint celui d’une évaluation de la Réserve fédérale américaine, publiée en 2025, qui plaçait déjà l’Europe loin derrière ses deux rivaux sur les segments jugés déterminants pour l’IA.
Le réseau européen actuel repose sur 19 centres de données d’IA répartis de la Finlande à l’Espagne, une capacité que ces sept nouvelles installations doivent plus que doubler. « L’accès à une puissance de calcul brute au sein des gigafactories d’IA constitue une nécessité stratégique », a justifié Virkkunen. L’enjeu dépasse la seule compétitivité industrielle : les dirigeants européens redoutent qu’une dépendance technologique envers des fournisseurs étrangers ne puisse être « instrumentalisée » contre l’Union, dans un contexte où le président américain Donald Trump critique régulièrement la réglementation numérique européenne, tandis que la Chine restreint ses exportations de minerais critiques pour le secteur.
Cette initiative complète un plan de 200 milliards d’euros dévoilé l’an dernier par Bruxelles pour hisser l’Europe au rang de continent de référence en matière d’intelligence artificielle. Un premier consortium industriel, baptisé AION et réunissant notamment Iliad, Orange et Capgemini, avait déjà répondu dès mai à l’appel à manifestation d’intérêt précédant cet appel d’offres.


