L’espace aérien allemand a accueilli jeudi un ravitaillement en vol inédit : deux Rafale français porteurs de l’arme nucléaire, escortés par deux Eurofighter de la Bundeswehr. Cette manœuvre, selon des sources gouvernementales citées par armees.com, n’avait jamais eu lieu auparavant entre les deux pays.
Un exercice ouvrant un conseil de défense stratégique
Le Conseil des ministres franco-allemand, consacré presque entièrement à la défense, s’est tenu vendredi. À son issue, Friedrich Merz a annoncé sur X que les forces allemandes participeraient « dès cette année » à un exercice nucléaire des forces armées françaises, décrivant cette décision comme un renforcement de la « dissuasion européenne ».
L’exercice concerné, baptisé Poker, est organisé quatre fois par an par les Forces aériennes stratégiques françaises. Il simule un raid nucléaire à très basse altitude et grande vitesse, avec opposition d’une force adverse, sur une durée d’environ dix heures, mobilisant des Rafale porteurs de missiles ASMPA. Jusqu’ici réservé aux seules forces françaises, il avait accueilli des observateurs britanniques en décembre 2025 — une première pour un pays étranger, mais sans participation active.
Une doctrine de « dissuasion avancée » lancée en mars
Cette ouverture s’inscrit dans le prolongement du discours prononcé par Emmanuel Macron le 2 mars 2026, dans lequel le président français avait dévoilé le concept de dissuasion avancée : la France augmenterait ses ogives nucléaires pour la première fois depuis 1992 et déploierait temporairement des avions à capacité nucléaire chez des partenaires européens. Huit pays seraient concernés par ce dispositif, qui exclut « tout partage de la décision ultime » d’engagement du feu nucléaire, prérogative exclusive du président français.
Le rapprochement militaire intervient toutefois dans un climat tendu entre les deux industries de défense : le projet de Système de combat aérien du futur (SCAF), censé produire un avion de chasse européen de nouvelle génération, a été abandonné environ un mois avant ce conseil, sur fond de relations dégradées entre Dassault et Airbus.
Berlin précise que cette coopération viendrait compléter, et non remplacer, le dispositif de dissuasion nucléaire de l’OTAN, auquel l’Allemagne reste attachée. La France demeure la seule puissance nucléaire de l’Union européenne depuis le retrait britannique du bloc.
À titre de comparaison historique, la dernière édition connue de l’exercice Poker, menée en mars 2026 sur le seul territoire français, avait mobilisé près de quarante aéronefs — dont des Rafale B de la 4e escadre de chasse de Saint-Dizier et des ravitailleurs A330 MRTT de la 31e escadre d’Istres — sans aucune participation étrangère, illustrant l’ampleur du changement de posture annoncé lors du conseil franco-allemand.
