Elon Musk a franchi un seuil inédit dans l’histoire économique le 12 juin, devenant le premier individu à dépasser les 1 000 milliards de dollars de fortune estimée, à la faveur de l’entrée en Bourse de SpaceX. Trois semaines plus tard, ce chiffre s’effrite au rythme des séances boursières, révélant à quel point cette richesse tient à des mécanismes financiers loin d’être stables.
Une richesse largement non liquide
Cette instabilité s’explique d’abord par la nature du patrimoine de l’entrepreneur. Environ 95% de sa fortune estimée repose sur des participations en actions non liquidées plutôt que sur des liquidités disponibles, selon une analyse du site spécialisé Investormint. Musk détient environ 4,8 milliards d’actions SpaceX ainsi que 350 millions d’options d’achat, en plus de près de 700 millions d’actions Tesla. Une variation de 10% du titre Tesla suffit à elle seule à faire bouger sa fortune de 20 à 28 milliards de dollars en une seule journée.
Une part conséquente de cette richesse reste conditionnelle. Le plan de rémunération approuvé par les actionnaires de Tesla en novembre 2025 prévoit l’attribution de 423,7 millions d’actions supplémentaires à Musk, sous réserve que la capitalisation boursière de l’entreprise atteigne 8 500 milliards de dollars et que douze jalons opérationnels soient remplis, parmi lesquels la livraison de 20 millions de véhicules, la mise en service d’un million de robotaxis et d’un million de robots Optimus. Tesla est aujourd’hui valorisée à environ 1 450 milliards de dollars, soit moins d’un cinquième de l’objectif fixé.
Cette structure explique également les écarts observés entre les principales agences de suivi des fortunes. Début juillet, le Bloomberg Billionaires Index évaluait le patrimoine de Musk à 932 milliards de dollars, tandis que Forbes l’estimait à 916 milliards, un différentiel révélateur du caractère estimatif de ces classements plutôt que d’un montant figé.
Un effritement de plus de 500 milliards depuis le pic
Sur cette base fragile, la fortune de Musk a connu des variations spectaculaires. Elle a culminé à 1 450 milliards de dollars le 16 juin, quatre jours après l’introduction en Bourse de SpaceX, avant de retomber sous les 1 000 milliards dès le 23 juin, selon Forbes.
Le 7 juillet, une chute de près de 7% des actions SpaceX a effacé 58,2 milliards de dollars en une seule séance, ramenant sa fortune à environ 941 milliards de dollars. Trois semaines plus tôt, un décrochage de 16,4% du même titre avait déjà coûté plus de 150 milliards de dollars en une journée. Au total, depuis son sommet de mi-juin, Musk aurait perdu plus de 500 milliards de dollars.
Des analystes divisés sur la trajectoire de SpaceX
Cette volatilité coïncide avec des positions contrastées parmi les analystes financiers. L’analyste de Wedbush Securities Dan Ives a qualifié SpaceX d’« un des actifs les plus différenciés du secteur technologique », tandis que Raymond James a fixé un objectif de cours à 800 dollars, soit près de 500% au-dessus du prix d’introduction en Bourse. À l’inverse, l’investisseur Michael Burry a jugé qu’aucun élément du dossier d’introduction ne justifiait une valorisation de 1 000, voire 2 000 milliards de dollars.
L’action SpaceX s’échangeait début juillet autour de 153 dollars, en repli de 32% par rapport à son record de 225 dollars atteint en juin, selon les données de TradingView. Le conseil d’administration de Tesla doit se réunir avant fin juillet pour faire le point sur l’avancement des jalons opérationnels du plan de rémunération, une échéance qui pourrait à nouveau redessiner les contours de la fortune estimée de Musk.
