En moins de six mois, l’Algérie a renoué avec trois capitales avec lesquelles elle avait rompu ou gelé ses relations. Après le Niger en février, puis le Mali le 10 juillet, Alger a reçu Pedro Sánchez le 20 juillet, mettant fin à quatre ans de brouille avec Madrid. Cette séquence coïncide avec un isolement diplomatique croissant d’Alger sur le dossier du Sahara occidental.
Un isolement qui s’accélère depuis 2025
Depuis janvier 2025, une dizaine de pays ont rallié le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental : le Kenya en mai, le Royaume-Uni en juin, le Portugal en juillet. En janvier 2026, l’Union européenne a formalisé, via un communiqué conjoint entre Nasser Bourita et Kaja Kallas, une position commune estimant qu’une autonomie sous souveraineté marocaine constitue désormais l’option la plus viable pour sortir du conflit. La Suède a suivi le même mois.
Le coup le plus dur pour Alger est venu du Conseil de sécurité des Nations unies. Le 31 octobre 2025, sous l’impulsion de Washington, la résolution 2797 a été adoptée par onze voix pour et trois abstentions, sans aucune opposition — l’Algérie ayant refusé de participer au vote. Le texte reconnaît l’autonomie sous souveraineté marocaine comme « la solution la plus réalisable » au conflit. Plus récemment, le Bénin et le Ghana ont à leur tour renforcé le soutien africain à l’initiative marocaine. Alger a par ailleurs maintenu une posture de fermeté militaire : le pays a consacré en 2025 le deuxième plus grand pourcentage de dépenses publiques au monde à l’achat d’armes, juste derrière l’Ukraine.
Le Maroc consolide son pré carré sahélien
Pendant qu’Alger recolle les morceaux, Rabat verrouille méthodiquement ses propres alliances, y compris auprès des pays que l’Algérie tente de reconquérir. Auprès des trois membres de l’Alliance des États du Sahel — Mali, Niger, Burkina Faso —, le Maroc a construit une relation de long terme via l’Initiative royale pour l’Atlantique, lancée par Mohammed VI en novembre 2023, qui propose à ces pays enclavés un accès à l’océan via les ports marocains, dont celui de Dakhla, dans le Sahara occidental même. En avril 2025 puis en septembre 2025 en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, les chefs de la diplomatie malienne, nigérienne et burkinabée ont confirmé vouloir accélérer la concrétisation du projet — au moment même où leurs pays rompaient avec Alger après l’abattage d’un drone militaire malien par l’armée algérienne.
Paris, Tel-Aviv, Washington : le triangle qui verrouille la position marocaine
Avec la France, Rabat a franchi une étape supplémentaire. Depuis la reconnaissance par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara, les deux pays ont tenu plus de 40 réunions ministérielles bilatérales, selon le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Cette dynamique doit déboucher en 2026 sur la signature d’un traité bilatéral inédit, un cas unique dans les relations extérieures françaises avec un pays hors Europe, structurant notamment une coopération militaire renforcée, incluant la participation marocaine à l’opération française Orion.
Vis-à-vis d’Israël, la relation reste plus discrète mais tient depuis la normalisation de décembre 2020, actée en échange de la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara ; Tel-Aviv a lui-même reconnu cette souveraineté en juillet 2023. Quant aux États-Unis, s’ils ne mènent pas d’offensive unilatérale en faveur de Rabat, ils pilotent directement le dossier : en février 2026, l’émissaire de Donald Trump pour l’Afrique, Massad Boulos, a réuni à Washington le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario pour un nouveau round de négociations — une implication directe de la Maison-Blanche qui, depuis la résolution 2797, penche structurellement en faveur de la position marocaine.
Trois réconciliations en cascade
Alger a engagé un mouvement inverse sur son flanc sahélien et européen. Au Niger, la rupture remontait au coup d’État de 2023 ; l’ambassadeur algérien y est retourné en février 2026, mettant fin à près de dix mois d’absence.
Avec le Mali, la crise datait de 2023 et s’était envenimée en avril 2025, quand Alger avait rappelé son ambassadeur après l’abattage d’un drone militaire malien par l’armée algérienne. Le 10 juillet 2026, les deux pays ont annoncé simultanément le retour de leurs ambassadeurs respectifs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens. Bamako y voit un moyen de sécuriser un approvisionnement en hydrocarbures algériens, alors que le pays traverse une crise de carburant, et de relancer la coopération sécuritaire le long des 1 300 kilomètres de frontière commune, via des mécanismes comme le CEMOC de Tamanrasset.
Avec l’Espagne, la rupture de mars 2022 portait directement sur le soutien de Pedro Sánchez au plan marocain. La normalisation du 20 juillet 2026 s’est faite sans que Madrid ne renie sa position sur le Sahara, mais au moment où l’Algérie est redevenue, au premier semestre 2026, le premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne, couvrant 33,9 % de ses importations gazières via le gazoduc Medgaz.
Un repositionnement par les marges
Ce triple mouvement dessine une logique commune : là où Alger ne peut inverser un rapport de force diplomatique déjà tranché par une résolution onusienne, une vague de ralliements occidentaux et africains, et un Maroc qui verrouille simultanément ses alliances sahéliennes, françaises et américaines, elle cherche à sécuriser ses appuis immédiats. Le retour de l’Algérie comme partenaire gazier incontournable de l’Espagne, tout comme la reprise de la coopération sécuritaire avec le Mali et le Niger, ne renversent pas la dynamique enclenchée autour du plan marocain — mais permettent à Alger de limiter son isolement sans avoir à céder sur le fond du dossier saharien.



