Le Mali a évoqué, le 15 juillet 2026 à Genève, la création d’une agence spatiale nationale. L’annonce a été faite par le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyène, lors d’une rencontre avec le vice-secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications (UIT), Tomas Lamanauskas, en marge du Forum SMSI 2026.
Le projet vise à « la mise en place d’une agence spatiale au Mali » ainsi qu’au développement de capacités satellitaires partagées avec le Burkina Faso et le Niger, partenaires au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ni calendrier, ni budget, ni partenaire technique n’ont été communiqués pour l’heure. Cette déclaration prolonge un accord satellitaire engagé depuis près de deux ans avec la Russie.
Un accord satellitaire russe antérieur à l’annonce
Un mémorandum a été signé le 23 septembre 2024 à Bamako entre les trois pays de l’AES et Glavkosmos, filiale de l’agence spatiale russe Roscosmos, en présence du président de la transition malienne, Assimi Goïta. Deux satellites sont prévus dans ce cadre : l’un dédié aux télécommunications, l’autre à l’observation terrestre à haute résolution.
Le directeur général de Glavkosmos, Ilya Tarasenko, a qualifié ce partenariat de « crucialement important » pour la sécurité aux frontières des trois pays. Le Niger a signé un accord distinct le 1er novembre 2024, portant sur trois satellites — communication, télédétection et un radar dédié à la défense. La fabrication de ces équipements en Russie prendrait environ quatre ans, avec une formation d’experts locaux à la clé, selon les autorités nigériennes.
Une région confrontée à des attaques djihadistes récurrentes
L’imagerie satellite est présentée par plusieurs analystes régionaux comme un outil capable de détecter des mouvements armés à plusieurs centaines de kilomètres, de surveiller en continu des zones difficiles d’accès et de repérer des campements utilisés par des groupes terroristes, réduisant le recours à des missions de reconnaissance au sol jugées risquées. Ces capacités sont présentées comme supérieures à celles des drones, dont le traitement de données resterait plus limité.
Le Sahel central fait face depuis plusieurs années à des violences attribuées à des groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, qui ont fait des dizaines de milliers de morts depuis 2020 et contribué à la chute de plusieurs gouvernements civils. L’aéroport international Hamani-Diori de Niamey, ciblé par une attaque terroriste dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, se trouvait alors sous la surveillance d’une société américaine spécialisée, illustrant un usage déjà réel de ces technologies dans la région.
Des usages qui dépassent le seul volet sécuritaire
La future agence aurait pour mission, selon les autorités maliennes, de coordonner l’observation de la Terre, les télécommunications, la météorologie et la gestion des ressources naturelles. Un atelier consacré à l’élaboration d’une politique spatiale nationale a été organisé par le même ministère. Le volet satellitaire russe promet, de son côté, une meilleure couverture Internet ainsi qu’une diffusion élargie de la radio et de la télévision dans la région.
Le Mali encore dépourvu de programme spatial documenté
Contrairement au Burkina Faso, qui a lancé dès 2019 son nanosatellite Burkina-Sat1 — testé en Chine en 2023 mais toujours en attente d’un lanceur disponible — le Mali ne dispose à ce jour d’aucun programme spatial officiellement documenté. Le Niger se trouve dans une situation similaire.
À l’échelle continentale, l’Agence spatiale africaine (AfSA), inaugurée au Caire en avril 2025, coordonne désormais les initiatives des 55 États membres de l’Union africaine. La Côte d’Ivoire a créé par décret son Agence Spatiale (ASCI) en juin 2025, intégrant un volet de surveillance des frontières et de sécurité territoriale parmi ses priorités. Le rapprochement entre Bamako et Moscou dans le domaine spatial fait suite à la rupture des coopérations militaires entretenues auparavant par plusieurs pays sahéliens avec la France et les États-Unis.



