Plus de 24 000 chauffeurs non anglophones ont été retirés des routes américaines depuis le début de l’année, selon Donald Trump. Le président a profité de ce bilan pour officialiser jeudi le programme « Freedom Hauler », destiné à recruter d’anciens militaires pour prendre le volant des poids lourds.
Une politique construite depuis plusieurs mois
Le lancement de jeudi vient consolider une série de décisions prises depuis l’été précédent. Dès mars, environ 200 000 chauffeurs immigrés pourtant autorisés à travailler aux États-Unis avaient perdu leur permis commercial. En avril, un décret présidentiel avait rétabli des exigences renforcées de maîtrise de l’anglais pour les conducteurs de poids lourds. Depuis, plus de 28 000 permis jugés irrégulièrement délivrés par certains États auraient été annulés.
Le président s’est exprimé devant la Maison-Blanche, aux côtés d’un poids lourd et de plusieurs membres de son administration : le secrétaire aux Transports Sean Duffy, le secrétaire aux Anciens combattants Doug Collins et le secrétaire au Travail par intérim Keith Sonderling. Il a accusé des responsables locaux d’avoir délivré des permis à des personnes qui n’y étaient pas éligibles, affirmant que « la plupart d’entre eux ne parlent pas la langue » et qu’ils seraient incapables de lire des panneaux routiers de base. Aucune statistique officielle n’a été fournie pour étayer le lien entre ces chauffeurs et les accidents mortels évoqués par le président.
Des permis facilités pour les vétérans
Le département des Transports a doublé la période de dérogation accordée aux vétérans pour obtenir un permis commercial accéléré, la faisant passer de douze à vingt-quatre mois après la fin du service actif. Un ancien militaire ayant conduit de gros véhicules pendant son service devient automatiquement éligible, sans repasser l’épreuve pratique. Les autres pourront suivre une formation entièrement financée par le GI Bill, le dispositif fédéral d’aide aux vétérans, qui couvrira aussi une allocation logement pour certains stagiaires.
Le groupe de transport Werner Enterprises, implanté dans le Nebraska, a annoncé vouloir embaucher 1 400 nouveaux chauffeurs issus des rangs militaires. Son PDG, Derek Leathers, a souligné que les vétérans composent déjà 15 % de ses effectifs. À l’échelle du secteur, un chauffeur de poids lourd sur dix est un ancien militaire, soit deux fois plus que la moyenne dans l’ensemble de la population active américaine.
Une riposte judiciaire annoncée en Californie
Des élus démocrates de Californie ont indiqué qu’ils comptaient contester cette politique devant la justice. Xavier Becerra, ancien procureur général de l’État et candidat à sa succession au poste de gouverneur, a dénoncé « une politique irresponsable », visant en particulier les contrôles linguistiques menés par la police routière californienne.
Ce tournant remonterait à un accident survenu en août dernier en Floride : un chauffeur originaire d’Inde en situation irrégulière, ayant échoué aux tests fédéraux d’anglais et de signalisation, aurait tué trois personnes après un demi-tour interdit sur son poids lourd. Selon une enquête du département des Transports, trois États — Washington, le Nouveau-Mexique et la Californie — auraient enfreint la réglementation fédérale en délivrant son permis à ce conducteur.



