Gazoduc Nigeria-Maroc : face aux critiques, comment le projet algérien est plus viable

Les critiques formulées par l’analyste énergétique nigérian Dan Kunle contre le gazoduc Nigeria-Maroc relancent la comparaison avec le projet transsaharien porté par l’Algérie. Sans remettre en cause l’ambition du corridor atlantique, les réserves exprimées sur sa gouvernance et sa complexité rejoignent des analyses publiées dès 2023, qui soulignaient déjà les difficultés liées à la coordination d’un projet impliquant plus d’une douzaine de pays. Cette réalité conduit à comparer son architecture avec celle du gazoduc transsaharien, limité au Nigeria, au Niger et à l’Algérie.

Le président du Nigeria, Bola Tinubu, est appelé à suspendre les engagements de son pays concernant le gazoduc Nigeria-Maroc. Cette demande émane de Dan Kunle, analyste énergétique et ancien conseiller technique principal du ministre nigérian de l’Énergie pour le gaz lors de l’élaboration du plan directeur gazier entre 2007 et 2009. Dans une lettre ouverte relayée par Premium Times, il estime que le mégaprojet devrait faire l’objet d’un réexamen stratégique avant toute nouvelle avancée.

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Un projet jugé trop complexe à ce stade

Officiellement baptisé Gazoduc africain atlantique, le projet doit relier le Nigeria au Maroc avant de rejoindre le marché européen. Selon Dan Kunle, cette infrastructure de près de 7 000 kilomètres ne disposerait pas encore d’un modèle économique suffisamment robuste. L’ancien conseiller recommande un gel temporaire du projet afin d’évaluer sa viabilité et de concentrer les efforts du Nigeria sur ses priorités énergétiques nationales.

Le spécialiste souligne que le pays possède dispose de plus de 200 000 milliards de pieds cubes de réserves prouvées de gaz naturel. À ses yeux, ces ressources devraient d’abord contribuer à réduire les pénuries d’électricité qui affectent encore le pays. Il plaide également pour l’adoption d’une stratégie nationale indépendante consacrée au développement du gaz.

Selon Dan Kunle, la principale difficulté réside dans la structure même du projet. Le gazoduc doit traverser environ treize pays d’Afrique de l’Ouest, ce qui implique autant d’accords intergouvernementaux, de cadres réglementaires, de régimes fiscaux et de risques politiques. « Un pipeline n’est solide que si son maillon le plus faible l’est aussi », avertit-il.

Ces critiques interviennent peu après l’approbation d’un nouvel accord intergouvernemental par les États membres de la CEDEAO. Malgré ce soutien politique, plusieurs étapes restent à franchir, parmi lesquelles la création d’une société d’exploitation dédiée, la mobilisation d’investisseurs et l’adoption d’une décision finale d’investissement.

Des réserves déjà exprimées par d’autres experts

Les observations formulées par Dan Kunle rappellent des analyses publiées en juin 2023 par le média spécialisé Gas Outlook. Les experts interrogés à l’époque estimaient déjà que le gazoduc Nigeria-Maroc était particulièrement vulnérable en raison du grand nombre d’États impliqués dans sa réalisation.

Ils évoquaient des difficultés de coordination entre gouvernements, des différences de cadres réglementaires, des risques diplomatiques ainsi que l’instabilité de certaines régions susceptibles de ralentir le développement du projet. Ces analyses étaient publiées plus de trois ans avant les critiques récemment formulées par l’ancien conseiller nigérian.

Le projet transsaharien bénéficie d’une architecture plus simple

Les difficultés soulevées par Dan Kunle conduisent à comparer le corridor atlantique avec le gazoduc transsaharien (TSGP). Contrairement au projet Nigeria-Maroc, celui-ci ne traverse que trois pays : le Nigeria, le Niger et l’Algérie, avant de rejoindre les infrastructures gazières algériennes déjà reliées au marché européen.

Cette configuration réduit le nombre d’accords intergouvernementaux à négocier, limite les différences réglementaires et simplifie la coordination entre les États concernés. C’est cet avantage structurel que plusieurs analystes mettent en avant lorsqu’ils comparent les deux projets.

Cette différence d’architecture ne garantit toutefois pas l’aboutissement du gazoduc transsaharien. Comme le corridor atlantique, il reste confronté à des défis sécuritaires, financiers et politiques. Les critiques récentes de Dan Kunle, ajoutées aux analyses publiées dès 2023, montrent néanmoins que la complexité de gouvernance du gazoduc Nigeria-Maroc demeure l’une des principales interrogations soulevées par les spécialistes du secteur.

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