La Chine muscle sa surveillance maritime avec le lancement du satellite Haiyang-2E

Une nouvelle génération de gardiens spatiaux prend position au-dessus des océans. La Chine a placé en orbite le 2 juillet le satellite Haiyang-2E, décollé à 7h46 heure locale depuis le centre de lancement de Jiuquan, dans le nord-ouest du pays, à bord d’une fusée Longue Marche-4B. L’opération a été confirmée par l’agence de presse officielle Xinhua.

Un satellite au service des droits maritimes

Développé par l’Académie chinoise de technologie spatiale, l’engin de 1 500 kilogrammes a rejoint son orbite héliosynchrone prévue, à une altitude d’environ 963 kilomètres. Sa mission couvre la sauvegarde des droits et intérêts maritimes du pays, la prévention des catastrophes naturelles, l’exploitation des ressources marines et la recherche océanographique, selon les précisions apportées par la chaîne d’État CGTN.

Équipé de quatre charges utiles à micro-ondes, dont un radiomètre et un altimètre radar, Haiyang-2E mesure la hauteur de la surface marine, les vagues, les vents et la température des océans. Zhang Qingjun, expert de l’Académie chinoise de technologie spatiale, a précisé que le satellite « remplacera le satellite HY-2B lancé en 2018 » et fonctionnera aux côtés des satellites HY-2C et HY-2D déjà en service.

Une flotte pilotée à l’échelle nationale

Le lancement inaugure le renouvellement d’un trio de satellites : Haiyang-2F et Haiyang-2G suivront respectivement d’ici fin 2026 et 2027, remplaçant à leur tour les satellites HY-2C et HY-2D. Une fois complète, la nouvelle constellation doit permettre de couvrir environ 80 % des vents de surface océaniques mondiaux en moins de six heures, un objectif déjà évoqué par les autorités chinoises lors du lancement de HY-2C en 2020.

Cette architecture s’inscrit dans un programme plus vaste, comprenant également les séries HY-1 dédiée à la couleur des océans, HY-3 pour la surveillance radar, et HY-4 pour la salinité marine — soit quatre générations de satellites conçues et pilotées à l’échelle nationale par la National Satellite Ocean Application Service, sous l’autorité de l’Administration océanique d’État.

Cette approche tranche avec celle adoptée par les grandes puissances occidentales. Les missions américaines d’altimétrie océanique, de TOPEX/Poseidon à la série Jason puis Sentinel-6, résultent systématiquement de partenariats entre la NASA, le Centre national d’études spatiales (CNES) français, la NOAA et Eumetsat. L’Europe, de son côté, structure ses propres missions océaniques via des consortiums associant l’Agence spatiale européenne, la Commission européenne et Eumetsat, dans le cadre du programme Copernicus.

Une coopération franco-chinoise embarquée

Le pilotage national du programme chinois n’exclut pas certaines collaborations technologiques ponctuelles. Le système français DORIS, fourni par l’industriel Thalès et suivi par le CNES, équipe Haiyang-2E pour mesurer sa position orbitale avec une précision centimétrique. Cette instrumentation équipe la série HY-2 depuis le lancement du premier exemplaire, HY-2A, en 2011.

Les données géophysiques chinoises issues de cette collaboration alimentent en retour deux services du programme européen Copernicus Marine, consacrés au niveau des mers et à l’état des vagues. L’accès aux données du programme Haiyang reste toutefois restreint pour les utilisateurs internationaux, à l’inverse des données américaines ou européennes largement ouvertes au public. La prochaine étape du renouvellement de la flotte interviendra avec le lancement de Haiyang-2F, prévu d’ici la fin de l’année 2026.

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