Face à l'Ukraine, Tatiana Kim, milliardaire russe, ne peut plus protéger son empire

Trois entrepôts de Wildberries ont brûlé en une semaine sous les frappes de drones ukrainiens. Le bilan humain de cette campagne atteint neuf morts et plusieurs dizaines de blessés, selon les autorités locales russes.

Les sites touchés se situent à Kotovsk et Elektrostal, près de Moscou, puis à Krasnodar et Nevinnomyssk dans le sud du pays, avant qu’une frappe ne vise vendredi les installations de Chouchary, près de Saint-Pétersbourg. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky justifie ces frappes en évoquant des sites utilisés, selon lui, pour livrer à l’armée russe des pièces destinées aux drones et à leurs systèmes de guidage.

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Une fortune bâtie depuis un appartement moscovite

Tatiana Kim dirige aujourd’hui le premier distributeur en ligne du pays, souvent comparé à Amazon, pour un chiffre d’affaires annuel supérieur à 2 000 milliards de roubles. L’entreprise n’était pourtant, à sa création en 2004, qu’une activité de revente de vêtements lancée depuis un appartement de Moscou par une professeure d’anglais alors en congé maternité. Kim avait 28 ans et livrait elle-même ses colis en transports en commun avant de développer un partenariat avec le catalogue allemand Otto.

Cette trajectoire a fait d’elle la femme la plus riche de Russie selon Forbes, avec une fortune évaluée à 7 milliards de dollars. Une bataille judiciaire et actionnariale l’a opposée à son ex-mari Vladislav Bakalchuk, marquée par une fusillade meurtrière au siège du groupe en 2024, avant que la justice moscovite ne lui attribue l’intégralité des parts de l’entreprise.

Des vendeurs qui réclament des comptes

La destruction des stocks touche directement les dizaines de milliers de commerçants indépendants actifs sur la plateforme. Une vendeuse a rapporté sur Instagram avoir perdu l’essentiel de sa marchandise, alors que ses charges fiscales, salariales et contractuelles envers les fabricants restent, elle, inchangées. Selon des estimations reprises par le média russe indépendant Meduza, les pertes pourraient dépasser 50 milliards de roubles, avec jusqu’à 15 % des surfaces d’entreposage du groupe affectées.

Kim a annoncé le versement de compensations aux vendeurs concernés, promettant de soutenir en priorité les entrepreneurs les plus vulnérables. Plusieurs d’entre eux ont toutefois dénoncé sur les réseaux sociaux des montants jugés insuffisants, voire une absence totale de versement.

Un différend sur la nature des sites visés

Kiev affirme que les entrepôts frappés participaient à l’effort de guerre russe. Une recherche menée par des journalistes américains sur le site de Wildberries a fait apparaître plus de 78 000 références classées comme matériel militaire, incluant gilets pare-balles, kits de premiers secours et équipements pour drones utilisables sur le terrain. Le gouvernement russe conteste toute implication de l’entreprise dans l’approvisionnement des forces armées.

Du côté russe, le sénateur Grigory Karasin a qualifié les frappes de « honte » sur sa chaîne Telegram, promettant une réponse « rapide et résolue ». Le Comité d’enquête russe a ouvert des poursuites pénales, classant ces attaques comme des actes terroristes. Avant Kim, ce titre de femme la plus riche de Russie revenait à Elena Batourina, ancienne ouvrière devenue fondatrice du groupe de construction Inteco, qu’elle a détrôné en 2021.

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