Le Mali, appuyé par le Burkina Faso et le Niger, a rejeté, selon une annonce faite le 29 juillet, l’examen d’un rapport consacré à l’Ukraine lors des Assemblées des États membres de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), tenues du 7 au 15 juillet à Genève. La délégation malienne a dénoncé une tentative de politisation d’une enceinte technique des Nations unies.
Le gouvernement malien a pris connaissance de cette position lors d’un compte rendu consacré à la participation du pays aux 68es réunions des Assemblées de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Le document contesté, référencé A/68/7 et intitulé Assistance et soutien au secteur de l’innovation et de la créativité et au système de la propriété intellectuelle de l’Ukraine, recense plus de trente consultations menées entre juillet 2025 et juin 2026 avec les institutions ukrainiennes, portant sur la stratégie nationale de propriété intellectuelle, la numérisation des services et la formation des acteurs du secteur.
Une politisation dénoncée au nom de la neutralité institutionnelle
Selon le compte rendu transmis au Conseil des ministres, la délégation malienne a jugé le texte susceptible d’introduire des considérations de nature politique dans une enceinte à vocation strictement technique. Cette inscription à l’ordre du jour aurait été présentée comme contraire aux principes de neutralité, d’impartialité et de spécialité fonctionnelle censés encadrer l’action des organisations internationales.
Le Mali s’est par ailleurs rangé derrière les positions défendues par le Groupe africain et le Groupe des pays les moins avancés durant ces Assemblées, une démarche présentée par Bamako comme relevant d’une convergence stratégique en faveur des intérêts des pays en développement. Le compte rendu intégral des débats et des interventions des différentes délégations est attendu courant août.
Un différend diplomatique antérieur avec Kiev
Ce rejet à Genève survient dans un cadre de rupture consommée entre les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et l’Ukraine. Bamako avait rompu ses relations diplomatiques avec Kiev en août 2024, imité quelques jours plus tard par Niamey, après que l’armée malienne eut subi des pertes face à des groupes armés à Tinzaouatène. Les deux capitales sahéliennes avaient accusé un représentant du renseignement militaire ukrainien d’avoir revendiqué un rôle dans ces combats, ce que Kiev avait démenti en évoquant une décision précipitée de ses anciens partenaires. Le Burkina Faso, dépourvu de relations diplomatiques formelles avec l’Ukraine, s’était aligné sur ses deux voisins au nom du principe de solidarité qui régit l’AES depuis sa création en 2024. Cette opposition à Genève s’ajoute donc à une liste de contentieux qui oppose désormais les trois pays sahéliens à Kiev, deux ans après la rupture diplomatique initiale.
La suite du dossier
L’OMPI, fondée en 1967 et comptant aujourd’hui 193 États membres, se présente comme une agence spécialisée des Nations unies dédiée à la promotion de la propriété intellectuelle, sans mandat portant sur des questions de politique étrangère ou de sécurité. L’issue réservée au point 18 lors des Assemblées de juillet n’a pas été précisée dans le compte rendu présenté au Conseil des ministres malien. La publication du compte rendu intégral des débats, annoncée pour le mois d’août, devrait permettre de connaître la position des autres délégations et l’éventuelle suite donnée au rapport contesté.



