L’ambassadrice adjointe des Etats-Unis auprès de l’ONU, Jennifer Locetta, a accusé jeudi 17 septembre à New York la Russie et la Chine de chercher à dissimuler des coopérations militaires prohibées avec Téhéran. Sa déclaration est intervenue quelques minutes après que les deux puissances ont opposé leur veto à une résolution américaine visant à prolonger d’un an le mandat du groupe d’experts chargé de surveiller les sanctions contre l’Iran.
Une suspicion documentée depuis le début de la guerre
Cette accusation américaine fait écho à plusieurs révélations journalistiques accumulées depuis le déclenchement de la guerre en Iran, fin février. Moscou et Pékin sont soupçonnés d’apporter un soutien technologique et militaire à Téhéran : selon une enquête du Wall Street Journal, Téhéran aurait obtenu des images satellites chinoises avant une frappe meurtrière contre une base américaine en Jordanie en juillet ; le Financial Times a par ailleurs révélé l’existence d’un programme russe de transfert de technologie de missile de croisière supersonique baptisé C430L ; enfin, le Département du Trésor américain avait déjà sanctionné en mai plusieurs entités chinoises et russes accusées d’avoir fourni à l’Iran des composants pour ses drones Shahed et ses missiles balistiques. Le veto de jeudi a été interprété par Washington comme une nouvelle tentative de soustraire ces coopérations à tout examen indépendant.
Une accusation formulée immédiatement après le vote
Devant le Conseil de sécurité, Jennifer Locetta a déclaré que Washington n’était pas surpris par ces vetos, précisant que le groupe d’experts aurait « mis en lumière la coopération interdite entre l’Iran et ses partenaires ». Selon elle, ce blocage relève d’un effort visant à empêcher toute surveillance indépendante des sanctions — jusqu’à la nomination même des membres du panel — « pour étouffer des rapports qui impliqueraient leurs propres activités de soutien à des régimes hors-la-loi ». La diplomate américaine a par ailleurs accusé directement Moscou d’aider l’Iran et la Corée du Nord à contourner les sanctions, en échange de drones Shahed et de missiles balistiques nord-coréens destinés à la guerre en Ukraine.
Le projet de résolution américain a recueilli 11 voix favorables, contre celles de la Russie et de la Chine, tandis que le Pakistan et la Somalie se sont abstenus. Le groupe d’experts visé existait depuis l’activation, fin septembre 2025, du mécanisme dit de « snapback », déclenché par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni pour réimposer six résolutions antérieures sanctionnant les programmes nucléaire et balistique iraniens. Ce veto ne lève pas les sanctions elles-mêmes — gel des avoirs iraniens, interdiction des transferts d’armes, restrictions sur les missiles balistiques restent en vigueur — mais prive le Conseil de son principal outil de vérification indépendante.
Une paralysie du comité des sanctions depuis plusieurs mois
Le comité chargé d’appliquer ces sanctions est en réalité bloqué depuis plus de neuf mois faute d’accord entre membres sur la présidence de l’organe, laissant le dossier iranien sans tête. La Chine et la Russie avaient déjà rejeté en avril huit candidats proposés par le Secrétariat de l’ONU pour siéger au panel d’experts, selon des diplomates cités par The National. Faute de panel reconstitué, l’Agence internationale de l’énergie atomique reste la seule instance indépendante à documenter le programme nucléaire iranien, bien qu’elle rencontre elle aussi des difficultés pour mener ses inspections. A titre de comparaison, un précédent similaire s’était produit en mars 2024, lorsqu’un veto russe avait déjà mis fin à la surveillance onusienne des sanctions contre le programme nucléaire nord-coréen.



