Un siège permanent au Conseil de sécurité, une voix qui pèse lourd dans la balance, et toujours aucune indication ferme. Christine Fages, ambassadrice de France au Sénégal, a confirmé ce 11 juillet dans un entretien accordé à L’Observateur que Paris n’avait pas encore choisi son candidat pour la succession d’António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies (ONU). La diplomate évoque une décision attendue en octobre.
Une candidature qui multiplie les escales sans validation officielle
Macky Sall, qui a dirigé le Sénégal de 2012 à 2024, s’est officiellement lancé dans la course au secrétariat général de l’ONU, présenté par le Burundi plutôt que par son propre pays. Son projet, articulé autour d’une refonte du multilatéralisme et d’une réforme du Conseil de sécurité, l’a conduit ces dernières semaines dans plusieurs capitales stratégiques : Pékin, où il a rencontré le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi le 29 juin, puis Athènes auprès du Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, avant des entretiens à New York avec les représentants permanents de la Chine et des États-Unis à l’ONU. Sa tournée s’est poursuivie début juillet à Manama, puis à Islamabad face au Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif.
Cette offensive diplomatique intervient alors que l’Union africaine reste divisée sur son cas : une vingtaine d’États membres s’étaient opposés au projet de décision destiné à soutenir sa candidature, empêchant tout appui continental unifié. Sur le plan national, la situation évolue toutefois. Le journaliste Madiambal Diagne a rapporté qu’un rapprochement était en cours entre l’ancien président et le chef de l’État sénégalais Bassirou Diomaye Faye, avec pour intermédiaire l’ancien président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, l’un des soutiens les plus constants de Macky Sall dans cette campagne.
Macron a reçu tous les candidats sans trancher
C’est dans ce cadre que la position française prend tout son poids. Christine Fages précise que le président Emmanuel Macron« a reçu tous les candidats qui souhaitaient être reçus », dans le cadre d’un tour des capitales des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (le « P5 ») mené par l’ensemble des prétendants au poste. Cette réception fait suite à une rencontre entre Macky Sall et le chef de l’État français à l’Élysée, le 2 juin dernier, que l’ancien président sénégalais avait alors qualifiée de fructueuse.
L’ambassadrice s’en tient toutefois à une prudence assumée sur le fond du dossier, écartant tout pronostic à ce stade du processus. Le calendrier onusien laisse en effet à la France plusieurs mois d’observation avant de devoir se prononcer : le futur secrétaire général doit être recommandé par le Conseil de sécurité avant d’être validé par l’Assemblée générale, en vue d’une prise de fonction le 1er janvier 2027, à l’expiration du mandat d’António Guterres.
Face à cette réserve parisienne, Macky Sall reste engagé dans une course où six candidats sont officiellement en lice, parmi lesquels l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, le directeur général de l’AIEA Rafael Grossi et la directrice générale de l’OMC Rebeca Grynspan. La position française, qui n’est qu’une pièce du puzzle des cinq membres permanents, pourrait néanmoins influencer les arbitrages à venir dans les capitales encore indécises. La décision définitive de Paris est attendue en octobre, avant l’entrée du processus de sélection dans sa phase finale au Conseil de sécurité.
