Nucléaire spatial : SpaceX propulse le satellite BOHR de City Labs en orbite

Aucune fission, aucun réacteur, mais une première réglementaire mondiale. City Labs, entreprise floridienne, a fait décoller le 7 juillet 2026 son satellite BOHR à bord d’une fusée Falcon 9 de SpaceX, lors de la mission de covoiturage spatial Transporter-17, depuis la base de Vandenberg en Californie. Il s’agit du premier engin spatial commercial autorisé à embarquer une source d’énergie nucléaire en orbite.

Une batterie au tritium, pas un réacteur

Le CubeSat BOHR, acronyme de Betavoltaic Orbital High-Reliability, embarque un dispositif appelé NanoTritium, conçu par City Labs. Contrairement aux générateurs radioisotopiques au plutonium utilisés par la NASA sur ses sondes d’exploration lointaine, ce système transforme en électricité les particules bêta émises par la décroissance radioactive du tritium, un isotope de l’hydrogène, via un composant semi-conducteur. Le dispositif ne comporte ni pièce mobile ni électrolyte liquide, ce qui élimine tout risque d’emballement thermique. La charge utile est conçue pour fonctionner en orbite pendant environ dix ans. Le dispositif permettrait de maintenir des charges utiles actives en continu, y compris dans les zones privées de lumière solaire prolongée, sans les limites de durée de vie propres aux batteries chimiques classiques.

Un feu vert réglementaire obtenu en 2025

L’aspect le plus inédit de cette mission tient moins à la technologie qu’au parcours administratif franchi par City Labs. L’entreprise est la première société privée à avoir obtenu l’autorisation de la Federal Aviation Administration pour lancer une charge utile nucléaire sur une fusée commerciale. Cette procédure s’appuie sur le mémorandum présidentiel sur la sécurité nationale NSPM-20, qui encadre strictement le déploiement de matériaux radioactifs dans l’espace. L’analyse de sécurité conduite par Kevin Makinson, ingénieur chez City Labs, a ensuite été validée de manière indépendante par les Laboratoires nationaux Sandia. L’autorisation finale a été délivrée le 30 septembre 2025, ouvrant la voie à l’intégration du satellite dans la mission Transporter-17.

Objectif : s’affranchir de la dépendance solaire

La quasi-totalité des satellites actuels dépend de panneaux solaires, une contrainte qui devient un obstacle dans les zones privées de lumière prolongée, comme les cratères lunaires en ombre permanente, ou lors de missions vers l’espace profond où l’intensité solaire chute fortement. La technologie betavoltaïque testée par BOHR fonctionnerait indépendamment de l’exposition au soleil et sans la dégradation progressive que subissent les batteries chimiques classiques.

Le calendrier d’exploration lunaire de la NASA, porté par le programme Artemis, accentue cette urgence énergétique. L’agence prévoit l’installation de bases permanentes sur la Lune, un objectif qui nécessite des sources d’alimentation capables de fonctionner durant la nuit lunaire, longue de deux semaines terrestres. City Labs indiquerait travailler par ailleurs sur des dispositifs thermiques indépendants destinés au programme Commercial Lunar Payload Services de la NASA.

Plusieurs autres projets de propulsion nucléaire spatiale sont en cours de développement dans le secteur, portés notamment par des partenariats entre entreprises californiennes et le Department of Energy américain, avec des démonstrations visées en orbite géostationnaire d’ici 2028. Les premiers résultats du démonstrateur BOHR, qui détermineront la viabilité opérationnelle de la technologie NanoTritium en conditions réelles, sont attendus dans les prochaines semaines à mois.

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